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Impressions d'Europe, la littérature anglaise

lundi 30 novembre 2015

Entre vendredi et dimanche à Nantes, nous avons eu la chance de profiter d'une nouvelle édition d'Impressions d'Europe, qui accueillait la littérature anglaise avec une délégation comportant entre autre Jonathan Coe, Tim Willocks, Cathi Unsworth et Stéphanie Benson (Joseph Connolly ayant eu un empêchement pour raison de santé).


Dimanche matin les Fondus, l'Atelier de L'Oiseau Bègue et la copine Velda ont dégusté un english breakfast avec bacon, beans, oeufs brouillés et fromage pour prendre des forces avant d'aller au Grand T vous ramener des bribes de débats.


Parmi tous les propos échangés, autour de la table animée par François Braud commençons par Tim Willocks. L'auteur explique n'avoir pas une approche intellectuelle de l'écriture, mais plutôt intuitive. Il ne sait pas ce qu'une scène va donner avant de l'écrire. Selon lui, le roman noir permet un point de vue ironique sur la condition humaine et il aime l'idée que les personnages se battent pour sortir des problèmes, des obsessions qu'ils se sont parfois créés eux-mêmes. Une des forces du roman noir est de pouvoir englober les idées politiques dans le drame humain. Ainsi, Green River doit beaucoup à Surveiller et punir de Michel Foucault. Il cite également l'auteur américain Gore Vidal, pour qui connaître le film préféré d'une personne quand elle avait 15 ans en révèle beaucoup sur sa personnalité. Tim Willocks précise que ses références à cet âge sont Sam Peckinpah, Stanley Kubrick et les westerns. Pour Stéphanie Benson c'est Bruce Lee et le kung fu, et pour Cathi Unsworth le Rocky Horror Picture Show.

Faisons une courte pause musicale pour vous faire profiter d'un court moment, celui de la fin du débat pop, punk et rock, qui a pris une tournure tout à fait vivante quand Tim Willocks est monté sur scène. Voyez plutôt :


Au cours du débat "France versus Angleterre", l'auteur conclue en disant que la seule chose qui n'a pas traversé la Manche, c'est la pop musique française.

The Man in the long black coat
Cathi Unsworth et Stéphanie Benson se retrouvent autour d'une admiration commune pour Robin Cook, qui a ajouté de nouvelles zones d'ombres au noir, et David Peace, pour qui toute écriture est sonore, une approche à laquelle Cathi adhère. Elle ajoute en parlant de l'Angleterre: "Notre pays est comme une femme battue avec trop d'enfants et pas assez d'argent pour s'en occuper correctement." Pour elle, le roman noir c'est donner une voix à la victime.

Cathie "smiling" Unsworth

Stéphanie Benson aime le noir pour l'espace d'expérimentation qu'il offre, un lieu pour parler des gens auxquels la société ne fait habituellement pas attention. Ses influences se situent du côté du gothique et de l'époque victorienne, une époque révolue, dont elle veut parler aussi pour dire qu'elle n'existe plus. En reprenant l'allusion à Robin Cook, elle utilise une phrase inscrite sur le bandeau d'un des romans de l'auteur, "un roman en deuil".

François Braud (Modérateur), Tim Willocks, Marguerite (interprète) et Stéphanie Benson
Jonathan Coe explique qu'écrire le meilleur livre possible, avec honnêteté, est un acte politique en soi et aide les gens. En Angleterre, on ne demande pas aux auteurs de commenter l'actualité et les événements. Ecrire lui permet de savoir son point de vue sur cette actualité, de mettre ses idées politiques dans son oeuvre et de comprendre ce qu'il pense.
Sur son rapport au cinéma, il raconte qu'il a eu la chance de voir de nombreux films dans les années 70 à la télévision, à l'époque où il n'y avait que 3 chaînes, et donc pas le choix qu'il y a aujourd'hui à l'ère du numérique. Avoir trop de choix peut être dangereux car cela nous fait aller vers le plus simple, le plus facile, dit-il.
L'auteur trouve que l'adaptation de La vie très privée de M. Sim par Michel Leclerc est très bonne et a saisi l'essence et le ton du livre. Il aurait juste vu plutôt Brad Pitt ou Leonardo di Caprio dans le rôle de M. Sim, qui est quand même un peu lui-même. Au sujet de son écriture, il explique ses changements de forme et de structure par un souci de ne pas s'ennuyer et de ne pas ennuyer le lecteur. C'est pourquoi il aime notamment écrire du point de vue des femmes.
Il évoque aussi son rapport à la musique, et en tant qu'auteur confronté aux difficultés pour écrire, il imagine que les choses sont plus faciles à dire en musique. Récemment il a pris conscience qu'il y a trop de musique dans notre environnement, elle est devenue une bande sonore vide de sens car elle est partout, au restaurant, à l'hôtel... Au cinéma c'est pareil, elle dit constamment au spectateur ce qu'il doit ressentir, car le film lui-même échoue à le faire. Ce qu'il apprécie donc aujourd'hui pour écrire, c'est le silence.

Au cours de cette édition d'Impressions d'Europe nous avons écouté, découvert et rit. Nous avons aussi apprécié des lectures à voix haute de grande qualité grâce à Sophie Merceron et Yves Arcaix. La formule, avec une librairie, beaucoup de discussions et peu d'invités, donne le temps de la découverte et de la parole, même si la traduction en direct frustre un peu car elle prend du temps. Rendez-vous l'année prochaine avec l'Espagne. Olé !

Yves Douet et Patrice Viart, le duo instigateur du festival Impressions d'Europe

Utopiales, édition 2015

lundi 2 novembre 2015

Les Utopiales c'est l'occasion de faire le plein de rencontres, de débats, de livres, de films, de jeux et de bien d'autres choses encore. La densité du programme oblige le visiteur à une rude gestion de son temps. Nous nous arrêterons ici sur un débat ayant pour intitulé : "frontières et migrations, ces lignes imaginaires qui découpent le réel". Natacha Vas-Deyres a brillamment mené la discussion entre Norman Spinrad, Alain Damasio et Catherine Dufour.


Les 3 invités s'entendent pour dire que la frontière est un interface entre deux cultures. Norman Spinrad rapporte une discussion avec Timothy Leary, où celui-ci lui a fait part d'une théorie : quand les américains n'ont pas pu aller plus à l'Ouest dans leur conquête, et qu'ils ont atteint l'océan, ils sont allés vers le haut et ont commencé à s'intéresser à la conquête de l'espace.

De l'avis des trois auteurs, la frontière doit être une possibilité de découverte, mais en aucun cas de conquête ou de colonisation. Cette préoccupation se ressent particulièrement chez Alain Damasio. Selon lui, il faut se mettre sur une frontière avec l'autre, et pour l'occasion il emprunte le mot de Norbert Merjagnan : l'altérieur. La science-fiction doit explorer cet "altérieur".

Catherine Dufour précise que pour elle, les frontières ne devraient pas exister. Malheureusement, une grande partie de la littérature, du cinéma ou des jeux vidéos est basée sur la mécanique de la peur de l'autre, l'ennemi qu'il faut tuer (Star Wars, les zombies, Le seigneur des anneaux...). La partie intéressante de la science-fiction est celle qui fait état de la fascination pour l'autre, du souci de bien l'accueillir. C'est un clivage fondamental dans les choix de récit. Alain Damasio explique qu'il y a un problème de maturité dans les jeux vidéo, qui tracent deux mondes dont un doit disparaître, ce qui est le niveau zéro du rapport à l'autre. Beaucoup d'univers de science-fiction sont malheureusement basés sur cette opposition. Pour lui l'intérêt de la science-fiction est la logique du devenir tel que posée par Gilles Deleuze. Il faut interroger l'empathie, à l'image des histoires où le robot devient humain. Ecrire, c'est créer du conflit, du manichéisme et de l'opposition, mais dans ce combat des imaginaires il faut s'ouvrir à l'autre, s'influencer mutuellement. C'est l'enjeu politique du récit.

La frontière s'incarne aujourd'hui dans la création de zones, comme les zones de vacances sécurisées pour riches, que Catherine Dufour raconte avoir vues en Hongrie, ou comme Calais et tous ces systèmes de concentration aux frontières. Celui qui se protège est celui qui construit le mur, et le fait de façon unilatérale. Alain Damasio se demande comment mettre ces éléments en récit pour créer un choc des consciences. Norman Spinrad conseille la lecture d'un roman visionnaire de Wolfgang Jeschke dont il a oublié le titre... vérification faite, il semble qu'il ne soit pas traduit en français ni en anglais.

Catherine Dufour répond à la question du "pourquoi ne sommes-nous pas capable de régler ces problèmes ?" en rappelant qu'1% possède 80%. Ces possédants ont le pouvoir, les pétrodollars, les narcodollars... et ne veulent absolument pas régler les problèmes ; ils ont tout intérêt à ce qu'ils perdurent. (applaudissements dans la salle).

La rencontre se termine avec des questions et remarques du public. Une personne pointe du doigt le fait que l'époque marque le triomphe de la propriété privée sur la propriété collective. Norman Spinrad répond que le communisme a échoué et que nous vivons une période pré-révolutionnaire et qu'un modèle reste à inventer. Un autre intervenant cite l'exemple d'une expérience de psychologie sociale et renvoie à la vidéo "La leçon de discrimination". L'expérience montre les comportements de l'individu en cas de séparation d'un groupe selon des critères arbitraires. Il termine en mettant tout le monde d'accord : il nous faut comprendre et accepter que le rejet de l'autre fait partie des réactions humaines pour mieux lutter contre.

Une nouvelle traduction de James Crumley

mercredi 28 octobre 2015

Lors de sa venue à Nantes il y a quelques mois, Oliver Gallmeister nous confiait qu'il planchait sur le projet de retraduction des romans de James Crumley. Maintenant qu'un accord est enclenché, nous pouvons commencer à parler de cette grande nouvelle, et à fantasmer la future couverture de Fausse Piste... Voici donc un bref interrogatoire avec l'éditeur, et le traducteur Jacques Mailhos.
réalisé par Caroline de Benedetti

Photo Emeric Cloche
Oliver Gallmeister, il paraît qu'un beau projet de retraduction vient d'aboutir, peut-on en savoir plus ?

En fait, le projet auquel tu fais allusion commence tout juste. Nous avons trouvé un accord avec les ayants-droit de James Crumley pour publier de nouvelles traductions de l'intégralité de ses 8 romans. Ces titres étaient jusqu'à présent disponibles en poche dans des traductions parfois plus qu'approximatives, quand elles n'étaient pas absolument déficientes pour ne pas dire pire (pas toutes, cependant, mais la plupart). Et il faut bien reconnaître que cet immense auteur méritait mieux. C'est pourquoi nous avons proposé à Jacques Mailhos, sans aucun doute l'un des meilleurs traducteurs en activité à ce jour, de retraduire ces romans, ce qu'il a accepté de faire avec enthousiasme. Le premier titre, The Wrong Case (Fausse Piste) sortira donc en avril 2016 et il sera accompagné d'illustrations de Chabouté, dont l'univers et le sensibilité me semblent proches de celui de Crumley. Tout cela en fera, je l'espère, une très belle édition.

Mais surtout, il me semblait indispensable de remettre cet auteur au goût du jour car, sans être vraiment oublié, Crumley fait partie de ces auteurs de référence dont beaucoup parlent, mais qui n'a jamais rencontré les faveurs du grand public. Or son dernier roman n'est sorti en France qu'en 2005, il y a à peine dix ans. Sans doute cela est-il en partie du à son destin éditorial cahotique : les onze livres de Crumley ont été publiés dans le désordre par trois éditeurs avant que Patrick Raynal, alors patron de la Série Noire, ne rapatrie l’auteur dans sa prestigieuse collection chez Gallimard, avant de partir à son tour chez Fayard, où seront publiés les derniers livres de Crumley. Ce sont donc cinq (ou six, si l’on compte le double passage chez Fayard) éditeurs qui se sont partagés les onze livres de Crumley en France, le tout étalé sur une période de vingt-cinq ans. Bref, pas l'idéal pour installer un auteur, comme on dit dans notre métier.

Crumley est pourtant l'une des plus grandes voix du polar contemporain (j'insiste sur le terme "contemporain", car Crumley est mort en 2008 seulement), l'un des premiers à sortir des grandes villes de la côte est ou de la côte ouest, un styliste remarquable, un écrivain à l'humour et à l'humanité exceptionnels. Ses personnages principaux, CW Sughrue et Milo Milodragovitch sont inoubliables : alcooliques, camés, amateurs de femmes et de violence, ils sont parmi les personnages de "privés" parmi les plus réussis du paysagle littéraire américain. Comment ne pas aimer Milo, ce détective entre deux âges, dont les deux parents se sont suicidés, héritier d'une grande fortune locale de Meriwether (la version fictionnelle de Missoula) dans le Montana, qu'il ne pourra toucher que lorsqu'il aura 53 ans ? Alors, en attendant, il boit et s'occupe du mieux qu'il peut. C'est un homme mélancolique qui porte sur l'Amérique un regard désabusé et s'abstient de tout jugement sur ses contemporains. Un détective souvent largué, éternellement amoureux et chevaleresque, un vrai romantique sous des dehors de péquenaud. Un homme avec lequel on a envie de s'asseoir à un bar pour partager quelques verres.
Photo Maryan Harrington

Jacques Mailhos, après Ross MacDonald, vous voilà traducteur des romans de James Crumley, un autre poids lourd du polar américain, mort en 2008, ce qui complique un peu les choses : impossible de lui envoyer un mail pour obtenir des précisions sur un mot ou une phrase ! La pression ?

Oui, bien sûr, il y a de la pression. Même si elle est plus ou moins toujours là, égale à elle-même, incompressible, quelle que soit l'œuvre qu'on aborde. Savoir que l'on travaille à une "nouvelle traduction" en rajoute probablement une dose supplémentaire, parce qu'on se retrouve dans la situation finalement assez rare où le texte que l'on produit pourra être comparé à quelque chose d'existant, d'objectif ("l'ancienne" traduction). En général, quand l'auteur d'une critique se fend d'un commentaire (élogieux ou dépréciatif) sur la qualité de la traduction, cela veut simplement dire: "J'ai trouvé le texte français bien (ou mal) écrit; or je sais que ce texte fut d'abord écrit par son auteur dans une autre langue que le français; donc je juge la traduction bonne (ou mauvaise)." Les critiques, et c'est bien normal, lisent rarement la version originale avant de lire la version française pour faire un commentaire sur la qualité de la traduction. Les "nouvelles traductions" suscitent naturellement la curiosité, invitent à la comparaison. Quand en plus il s'agit d'un "poids lourd" déjà présent dans la bibliothèque de nombreux lecteurs, et de la plupart des gens susceptibles de chroniquer le livre sur lequel on travaille, oui, cela crée de la pression. La plupart du temps, je n'y pense pas, ou j'essaie de ne pas y penser. À vrai dire, je me rends compte que le simple fait d'y réfléchir pour répondre à cette question fait considérablement monter mon niveau de stress… Alors je vais arrêter. Quant à l'impossibilité d'envoyer un mail pour obtenir des précisions sur tel ou tel point… En cas de besoin, je remplace l'auteur défunt par mon petit groupe d'ami-e-s et contacts anglophones, bons lecteurs et bonnes lectrices. Mais c'est une situation qui se produit finalement assez rarement.

Comment avez-vous appris ce travail de retraduction de James Crumley, et qu'en avez-vous pensé ? C'est un auteur que vous aviez déjà lu ?

Oliver Gallmeister m'a téléphoné pour me le proposer. J'ai accepté, bien sûr, avec très grand plaisir, même si (honte à moi) c'est un auteur que je ne connaissais que de nom (c'est-à-dire que je ne connaissais pas). Oliver me connaît bien; il savait que cela me plairait. Et j'imagine qu'il pensait que je pourrais faire du bon boulot.

Connaissiez-vous l'anecdote de traduction de Chien Ivre (The last good kiss) de Crumley : le roman finit dans un "bar sans toit", une traduction plutôt hasardeuse de "topless bar"... Est-ce que ça illustre bien la difficulté de la traduction, ou une époque révolue, à laquelle le soin apporté à la traduction n'était pas le même ?

Oui, j'avais entendu parler de cette grosse bourde sans toit, mais je ne me souvenais plus qu'elle concernait un roman de Crumley… C'est évidemment assez drôle, mais, oui, je pense que ça illustre – à l'extrême, certes – la difficulté de la traduction, en ce sens que je crois que personne n'est jamais à l'abri de la grosse erreur bête. Ceci dit, dans un monde idéal où, effectivement, on apporte à la traduction tout le soin qu'elle mérite (notamment en termes de temps de relecture, vérification, correction), ce genre de grosse bourde ne devrait pas survivre jusqu'à la version imprimée du texte.

Vous venez tout juste de commencer la traduction, comment décririez-vous l'écriture de Crumley ? Quel effet vous fait-elle ? Si on compare avec Ross MacDonald, par exemple, quelles différences ?

J'ai toujours du mal à "décrire" l'écriture d'un auteur, et j'ai une certaine admiration pour les gens qui savent le faire. Ça me fait un peu le même effet que la description des grands vins par les grands amateurs. Je sais traduire; je saurais aussi pondre une analyse littéraire de type universitaire si je m'y attelais, mais je ne sais jamais trop quoi dire pour parler de l'écriture ou du style d'un auteur.

Les Tuyaux de L'Indic

lundi 5 octobre 2015

Thomas H. Cook est à Nantes demain Mardi 6 Octobre, c'est COMPLET pour le repas au restaurant Le Montesquieu, mais vous pouvez toujours venir à 18h à la librairie Durance.

Les 9, 10 et 11 Octobre avec les Docteurs polar, une exposition sur la musique au cinéma et une table pour L'Indic, le Noir Magazine, direction Toulouse Polars du Sud. Ce sera le moment de vous faire prescrire quelques polars, de boire une tasse ensemble et de vous abonner au magazine.

Pendant ce temps à Saint-Sauveur-en-Puisaye, le festival Ecrits de femme met à l'honneur les Reines du Crime et invite Elsa Marpeau, Ingrid Astier, Brigitte Aubert, Pascale Fonteneau...


Dans les nouveautés d'octobre nous avons aimé Colin Niel avec Obia. Un nouvel auteur français débarque à la Série Noire, Brigitte Gauthier avec Personne ne le saura, et la Manufacture de Livres traduit un 3e auteur américain avec JC Amberchele (Tout perdre). Pour les plus jeunes le tome 3 des Lutins Urbains de Renaud Marhic est disponible dans toutes les bonnes échoppes, et ça fonctionne aussi sur les plus grands !




Les 2M, auteurs et nouvelles anonymes

vendredi 13 février 2015

Theodore Roussel, Jeune fille lisant

Je ne suis pas très amatrice des regroupements d'auteurs en vue de produire des textes sans projet éditorial.

La bonne volonté à la base de ces actions ne se conteste pas, et sans doute qu'il y a de l'émulation, de l'envie de partage, des "confirmés" qui soutiennent des débutants, mais il y a aussi une part d'auto-promotion là-dedans. Cet aspect me pose un petit problème ; j'imagine que tout dépend de la conception que chacun se fait de la littérature et de l'image de l'auteur. Il faut s'y habituer, aujourd'hui celui-ci se transforme souvent de lui-même en un produit avec son nom imprimé partout et sa cohorte de fans. Peut-être, aussi, que face à la multitude, il faut se faire remarquer pour sortir du lot. Faire du bruit, s'agiter, multiplier les initiatives.

Dans un passé récent, il y a eu ces nouvelles en forme de "concept" de cadavre exquis via facebook, et "Les auteurs du Noir...". Des fausses bonnes idées, un argument caritatif, et des résultats médiocres. Entendons-nous bien, des auteurs très intéressants participent à ces projets, là n'est pas la question. La nouvelle est un exercice difficile ; ne dit-on pas d'ailleurs "l'art de la nouvelle" ? Elle est malheureusement trop souvent prise pour une facilité (le texte court serait rapide à écrire) ou un prétexte à boutade. Les auteurs français ne s'y adonnent guère, les lecteurs semblent la bouder : est-ce une culture perdue, ou bien ce format n'en a jamais fait partie ? Reste qu'il ne pardonne aucun défaut, mais offre de magnifiques réussites (Les diaboliques, de Barbey d'Aurevilly pour n'en citer qu'un, avec son superbe Le Rideau cramoisi).

Voici donc les 2M : Eric Maravélias (Série Noire) et Benoît Minville (Sarbacane), avec une nouvelle idée qui regroupe 22 auteurs plus ou moins connus. Aucun thème, aucune contrainte à part un maximum de 10 pages. Les nouvelles sont en ligne sur le blog Stodena. Et voici les noms des 22 auteurs :

Ian Manook, John N. Turner, Christophe Gavat, Elsa Marpeau, Gaëlle Perrin Guillet, Jacques-Olivier Bosco , Guillaume Cherel, Benoit Minville, Nicolas Lebel, Yal Ayerdhal, Sébastien Raizer, Stanislas Petrosky, Nicolas Mathieu, Franck Bouysse, Anouk Langaney, Frédérick Rapilly, Marion Brunet, Thomas Carreras, Henri Loevenbruck, Dominique Terrier, Laurent Guillaume, Nicolas Elie, François-Xavier Dillard

Le Trophée des 2M présente un intérêt car les textes sont anonymes. Cet élément a indéniablement un effet intéressant sur la lecture et le jugement, sauf si l'on prétend nier qu'un avis puisse être influencé par la connaissance du nom de l'auteur. À vous de voir ! 13 nouvelles ont déjà été produites, et le niveau mérite le détour.

Sorties ciné : Manchette & Lansdale

vendredi 5 décembre 2014

Deux films tirés de romans arrivent bientôt sur nos écrans, deux auteurs majeurs du polar. Commençons par l'américain Joe R. Lansdale. Jim Mickle se colle à la réalisation de Cold in july, d'après le roman Juillet de sang. Le film sort le 31 décembre 2014 en France, avec au casting Michael C. Hall (Six Feet Under, Dexter) et Don Johnson.

Jusqu'ici, Jim Mickle donnait plutôt dans le film d'épouvante (We are what we are, sorti directement en DVD). Avec Cold in july, présenté à Cannes et à Deauville. Mickle semble être accro à Lansdale puisqu'il travaille maintenant sur l'adaptation en série des aventures de Hap et Leonard, les deux héros de l'auteur.


Côté français Jean-Patrick Manchette est à l'honneur. Quelques réalisateurs avait déjà tenté l'adaptation (parfois très libre) de ses romans : Nada de Claude Chabrol - Trois hommes à abattre de Jacques Deray et Pour la peau d'un flic d'Alain Delon. La position du tireur couché avait donné en 1982 Le choc (Robin Davis). C'est un autre français qui s'empare de ce roman emblématique. 

The Gunman sortira le 25 février 2015, avec Pierre Morel à la réalisation pour une production américano-franco-espagnole au gros casting : Sean Penn, Idris Elba et Javier Bardem. Pierre Morel a déjà réalisé Banlieue 13, Taken et From Paris with love, ce qui peut laisser planer quelques inquiétudes sur cette adaptation.


Gallmeister, un éditeur

vendredi 21 novembre 2014



Ce jeudi 20 novembre la librairie Vent d'Ouest de Nantes recevait Oliver Gallmeister, pour parler de sa maison d'édition fondée en 2005. Et Oliver Gallmeister est un bavard, de ceux que l'on prend plaisir à écouter car il dégage de la sincérité et montre une passion pour la littérature qui l'amène à parler de nombreuses autres choses que ses auteurs.

De ses débuts dans l'audit et la gestion où il s'ennuie fermement, à son goût pour le nature writing, ces romans américains où "le paysage se confond avec le personnage", et jusqu'au succès des éditions Gallmeister avec le Sukkwan Island de David Vann, il cite Pascal Dessaint, Jonathan Franzen, Dos Passos, Cormac McCarthy... Il explique ses choix éditoriaux, qui peuvent se résumer en une phrase : "Une maison d'édition équilibrée, c'est comme un bon repas."

On lui doit de pouvoir lire Craig Johnson, John Gierach, et Barry Lopez, ou encore des auteurs comme Tom Robbins et Kurt Vonnegut, des stars aux Etats-Unis mais qui ne prennent pas en France. La maison Gallmeister fait le choix d'éditer de la qualité et de miser sur le long terme. 

Quant à l'avenir, il est marqué par l'arrivée d'une nouvelle collection en 2015. Son nom, Neo Noir, devrait vous mettre l'eau à la bouche, et nous en reparlerons très bientôt en détail à Nantes...




Rencontre avec François Guérif

mardi 10 décembre 2013


Le mois de décembre est celui des cadeaux. Le Mercredi 11 au soir, nous vous en proposons un beau : François Guérif vient à Nantes pour deux rencontres.

À 18h30, Fondu Au Noir aura le plaisir de vous inviter autour d'un verre dans le tout nouveau café librairie Les Bien Aimés. Nous discuterons avec François Guérif autour de son livre, Du Polar paru chez Payot en 2013. Nous reviendrons avec lui sur son parcours d'éditeur emblématique de la collection Rivages, mais nous parlerons aussi cinéma avec ce grand connaisseur du film noir et ami de Claude Chabrol. 

La soirée se poursuivra au cinéma à 20 h 30 au Cinématographe, sur une invitation de l'association 813. Pour cette carte blanche, François Guérif a choisi la projection en copie neuve du film culte Gun Crazy, de Joseph H. Lewis. Il parlera en détail de son choix, après le film, au cours d'une discussion animée par Jeanne Guyon.

Gun Crazy ressort le 1er décembre dans un coffret Wild Side, accompagné d'un livre d'Eddie Muller.

Noir sur la ville, 2013

samedi 16 novembre 2013


La RN12 illustre l'affiche de la 17e édition du rendez-vous incontournable de ce mois (juste après des Utopiales très science-fiction) : Noir sur la Ville.

Qu'il pleuve ou que le soleil permette de profiter du paysage de la côte, le festival est prisé pour la bonne ambiance qui y règne. Déjà depuis plusieurs jours, toute l'équipe a lancé les hostilités avec des rencontres en bibliothèque, des lectures, la projection de courts-métrages... Et puis vendredi soir la pression est montée d'un cran avec l'avant-première de Zulu, en présence de Caryl Férey. En dépit d'une certaine méfiance à voir ce roman adapté façon grosse production, avec Orlando Bloom et Forest Whitaker, il faut reconnaître que la bande-annonce rassure.

Quand à la suite du programme... Elle s'annonce bien remplie avec de la BD, des auteurs étrangers (Sam Millar et Carlos Salem), un focus sur les séries télés, une exposition, le discours du maire... Tout le détail est  et nous vous en reparlerons sans aucun doute... Les Fondus seront présents comme chaque année avec le tout dernier numéro de L'Indic consacré à l'enfance. Grâce aux éditions Goater, les 5 premiers visiteurs qui viendront s'abonner à L'Indic sur notre stand se verront offrir le dernier roman de Frédéric Paulin, La grande peur du petit blanc qu'ils pourront faire dédicacer par l'auteur présent sur le salon.



Brèves d'automne

mercredi 23 octobre 2013


Conférence
"De l'ombre à la plume, quand les hommes du renseignement se mettent au roman". Ça se passe à l'Ecole Militaire de Paris le mercredi 30 octobre à 19h30, avec un contrôleur général de police, un journaliste, un ancien officier des opérations spéciales et un ancien membre du service action de la DGSE. Il risque de s'en dire de belles, alors pour les écouter il suffit de s'inscrire ici.

Cinéma
L'Institut Lumière de Lyon annonce un beau programme pour cette fin octobre. Il y a notamment la possibilité de voir Gun Crazy de Joseph H. Lewis les 26 et 31 octobre. À noter également, le nouveau film de Bertrand Tavernier sera projeté en avant-première le mercredi 30 octobre à 20h30. Quai d'Orsay est l'adaptation de la bande-dessinée de Christophe Blain et Abel Lanzac. 


Louis Sanders

Ateliers d'écriture
Louis Sanders, l'auteur de Février et de bien d'autres romans parus chez Rivages, organise en Dordogne des ateliers d'écriture. Il sera secondé par Christophe Dupuis. Le duo détonnant ouvre les festivités du 17 au 19 janvier 2014. Infos et inscription ici

Délit de sale gueule

vendredi 26 juillet 2013

Au détour d'un mail, il est possible de faire de belles découvertes. C'est le cas avec le site Artphotollg, sur lequel figure une série de photos d'Hafed Benotman, l'auteur que vous devez lire si ce n'est pas déjà fait, en commençant par exemple avec Eboueur sur échafaud.

Mise à jour :  LLG expose ses portraits à Paris, place de la Bastille, dans le cadre du grand marché d'art contemporain, jusqu'au 4 novembre 2013.

Bonjour. Qui se cache derrière artphotollg ? Que pouvez-vous nous dire ? Un prénom ?

Et oui, mon nom, comme un certain BHL ou BHV, maintenant à vous de jouer au scrabble avec LLG, je vous donne un indice j'ai quelques gouttes de sang Breton.

Sur votre site, vous écrivez au sujet des portraits que vous réalisez : "Redécouvrons notre identité, réapproprions-nous notre apparence et brisons ces codes normatifs qui ne font qu’entretenir l’exclusion et la frustration." Pouvez-vous nous expliquer l'origine de ce projet, et le choix de noir et blanc façon photo d'identité ?

Souvenez-vous de notre Roger Gicquel : La France a peur. Et bien depuis ? Le même cinéma. Une capuche dans la nuit, trois personnes sur un banc, un chat qui miaule et on commence à avoir les mains moites et la sueur au front. Beaucoup de gens s'informent uniquement par les JT, ce n'est plus des journalistes mais des porteurs de micros. Certaines presses font d’un simple fait divers la Une des journaux, devenant un feuilleton en attendant le prochain. Lorsqu'on nous afflige le malheur des autres on se dit, bon je suis peut être dans la merde mais pas autant que lui, ça nous rassure et on reprend l'apéro.
J'ai voulu traiter l'image des portraits comme celle des flics. Au 1er coup d'œil on a peur, il suffit de mettre des empreintes, une photo en noir et blanc… et notre inconscient prend le dessus. Certains ont des pures têtes, des gueules. Vous seriez étonné de savoir qu'ils peuvent être bardés de diplômes, porter les courses d'une vieille, vous tenir la porte et payer l'addition. Pourtant beaucoup de personnes qui ont débité des corps en jambonneau, mis leur doigts jusqu'à crever les tympans ont des gueules d'anges, de beaux gendres comme on en rêverait (ou belle-fille), la cruauté n'a pas de sexe.
Lorsqu'on regarde de plus près, comme la rencontre d'un inconnu, on voit qu'il est "comme nous", avec ses faiblesses. Mais il faut avoir le courage de se les avouer. Par exemple l’inculpation « lâche ». Et oui, cracher à la gueule d'une personne y’a pas plus simple, surtout lorsqu'il est de dos. Mais jusqu'à quelle situation est-on prêt à bomber le torse et aller voir le dentiste pour nous remettre encore un nouveau râtelier ? Essayons de comprendre l'autre dans tout son ensemble, toute son histoire, mais attention, ne soyons pas dupes, y’a que des enjoliveurs ou des amnésiques. Pour info, cela fait maintenant deux ans que je ne suis pas allé chez le merlan pour me teindre les cheveux en blond et mettre comme inculpation : travelo. Le seul problème… ma calvitie gratte du terrain, c'est pour bientôt ! D'ailleurs à ce jour j'ai une trentaine de transformations, toujours sans trucage : coupe de cheveux, moustache, barbe… c'est ma femme qui a l'impression de changer d'homme tous les 3 mois, des fois le matin elle m'appelle monsieur.


Dans la partie "Identités", une même personne apparaît sous 4 aspects différents et le résultat est impressionnant. Vous investissez aussi l'espace public, les portraits se retrouvent sur des murs, des trottoirs, des monuments... Comment agissez-vous ? Comme un graffeur ? Un colleur d'affiches ?

J'ai souvent un œil en mode "laser". Lorsque je me ballade, soit je trouve le lieu et je cogite pour trouver l'inculpation et de là j'y retourne pour coller mon portrait, soit j'ai déjà l'inculpation et je cherche le lieu. Cela peut durer plusieurs jours, par exemple pour mon banquier dans la laverie, j'ai dû trouver la bonne laverie, puis j'ai dû poireauter car il y avait toujours une colo de mémés ou une horde d'étudiants/chômeurs. En ce moment, je cherche une casse de voiture mais je crois que je vais devoir m'exporter pour en trouver une, la France est trop propre.

Dans la série de portraits, on trouve l'auteur Hafed Benotman. Comment a eu lieu cette rencontre ?

Par le cœur et la table qui vont toujours de paire, sa femme Francine a un restaurant le Diet Ethique, dans le XVème à Paris. N'ayez pas peur du nom, c'est un vrai régal, une vraie saveur pour nos papilles, lorsque j'y passe j'en mangerais même jusqu'à la table.

Ecorce, No collection

lundi 26 novembre 2012

Si vous ne connaissez pas les éditions Ecorce il est temps d'y remédier. Depuis 2009 de très bons romans comme Retour à la nuit (Eric Maneval), Bois (Fred Gevart) et Recluses (Séverine Chevalier) sont sortis grâce au travail de Cyril Herry. Il nous annonce un nouveau projet, tout chaud sorti de chez l'imprimeur !

Il paraît que tu viens d'envoyer un Bon À Tirer à ton imprimeur. Il paraît qu'un auteur allié à une illustratrice vont inaugurer une No Collection chez Ecorce... Que peux-tu nous dire sur ce livre ? Par exemple, comment est né le projet ?

Aujourd'hui, dimanche tristounet, je travaille sur la maquette du livre avec une collaboratrice précieuse, en vue du Bon À Tirer. On perfectionne le bébé encore virtuel, on solutionne les ultimes petits problèmes. On parle de millimètres dans les fonds perdus et de repères de coupe. Avec l’imprimeur, on va parler de pourcentage de cyan dans le gris de la couverture et d’un feuillet blanc qui apparaît à un moment donné dans le fichier texte. Tous les fichiers seront bouclés dans le courant de la semaine. A partir de là, je me mettrai à guetter le facteur et l'arrivée du prototype que j’examinerai à la loupe et que je validerai s'il correspond à mes souhaits. La phase de conception d'un livre est terriblement excitante, d'autant qu'il s'agit là d'une nouvelle collection, donc de paramètres différents de la collection Noir. Nouveau format, nouvelle mise en page, et des illustrations effectivement.
C'est le livre lui-même qui a stimulé la création de No collection. Il ne correspond absolument pas à la collection Noir et il n'était pas question de le sortir au format virtuel dans la collection Arobase. J'ai tenu à en faire un bel objet. C'est l'histoire d'un coup de cœur pour un ovni.


Hafed Benotman par © Laurence Biberfeld

C'était en juin dernier, sur une terrasse ensoleillée d'Aubusson, en clôture du festival des Nuits noires. Hafed Benotman m'a intercepté pour me dire qu'il avait un manuscrit à me proposer. Je lui ai demandé s'il s'agissait d'un roman noir et il a répondu non. Il a ajouté que c'était une histoire de pirates en précisant que Laurence Biberfeld l'avait illustrée. Laurence se trouvait sur la même terrasse, à une autre table. Humainement, ça se présentait très bien. J'ai reçu le manuscrit et les illustrations la semaine suivante. Le bébé s'intitule Coco, mais le texte intégral sera lu par Félix Libris sous le titre Monsieur Coco. Ce sera le 6 décembre au Centre de la Voix de l'Université Paris-Sorbonne. Le programme indique que cette lecture est interdite aux moins de 16 ans.

C'est une histoire de pirates dont le personnage principal et narrateur est un perroquet. Sous la plume de Hafed, ce récit complètement déjanté est un prétexte à nous parler du monde et des individus curieux qui l'habitent. C’est un récit métaphorique animé par une étonnante galerie de personnages, humains et animaux confondus, mais qui parlent tous la même langue (ce qui ne facilite pas pour autant les choses). Ça débute sur l'océan et ça s'achève dans le désert – c’est sans doute une des plus fortes métaphores du récit, et il faudra que je parle de Nietzsche avec Hafed, un de ces jours. Sous le crayon de Laurence, c'est savoureux et diablement pimenté.


Pourquoi interdit aux moins de 16 ans ?

Pour éveiller la curiosité du public, dixit Hafed. Pardi ! Mais les moins de 16 ans en ont vu d'autres, tandis que moins de 12 serait plus justifié, même s'il n'est pas prévu de faire figurer cette mention sur le livre. Le récit grouille néanmoins de scènes tordues où tous les vices imaginables et les péchés se combinent entre brigands de toutes espèces, animaux itou et trois divinités. Coco est une parodie orgiaque au sein d'un corpus humain dénué de morale et d'autorité. C'est la loi du plus fort qui règne, ou plutôt du plus barbare.

Cependant, dans cette jungle trash et livrée à elle-même, Hafed trouve encore le moyen de raconter une histoire d'amour entre deux oiseaux rares. C’est la petite touche d’espoir du récit ; une façon de dire que si on baisse les bras et qu’on persiste à raisonner chacun pour soi comme c’est si souvent le cas ici bas, alors tout est fichu. Tout s’effondre. C’est l’âge de pierre avec options fours micro-ondes et climatisation.

Où pourra-t-on trouver Coco ? Y a-t-il un tirage limité ?

Comme les autres livres des éditions Ecorce, celui-ci sera référencé où il faut pour que tout libraire soit en mesure de se le procurer rapidement à la demande des lecteurs. Sur les salons et autres types de rencontres où Hafed et Laurence seront présents, Coco devrait être à leurs côtés également.
Un premier tirage assez restreint est prévu, mais si le livre fonctionne il sera retiré. Ce projet est une expérience, tant pour les auteurs que pour la maison d’édition. Hafed l’a écrit en partie en prison et il l’a soumis à sa sortie à Laurence avant de le terminer. Je suis tenté d’en parler comme d’un trip – bon ou mauvais, la question n’est pas là. Une parenthèse dans le parcours compliqué d’Hafed. À l’exception du public dont il disposait quand il était prisonnier, Hafed n’a pas dû se demander une seule fois ce qu’en penseraient ses lecteurs. Alors j’ignore quel public Coco est susceptible de toucher.

Et pour en revenir au livre lui-même, initialement je voulais réaliser un objet assez précieux avec différents types de papiers, des grammages différents notamment, limité et numéroté, assez luxueux comme peuvent l’être certains livres pour enfants ou des livres d’artistes, mais la formule impliquait un coût de fabrication considérable et un prix de vente conséquent. J'ai opté pour une autre formule qui donne un livre non moins élégant, agréable au regard et au toucher.

Le premier roman Ecorce (Retour à la nuit, d'Eric Maneval), est sorti en novembre 2009. Trois ans après, comment se portent les éditions ? Sont-elles financièrement stables ? Quel regard portes-tu sur ce métier et ce milieu ?

Sans salarié ni diffuseur à ce jour, la maison d'édition se porte assez bien. La vente des romans et le soutien de partenaires régionaux permettent de poursuivre l'aventure, et notamment d'envisager plus de sorties en 2013. Jusqu'ici, avec un roman par an, la difficulté consistait à ne pas tomber dans l'oubli. 

Ecorce reste une micro-maison d’édition et n’envisage pas forcément de prendre de l’envergure. L’objectif consiste toujours à produire des créations qui résultent de coups de cœur, à en faire des livres plaisants au regard et au touché, et à travailler avec des auteurs pertinents, conscients dès le départ que leur livre ne sera pas en tête de gondoles dans les grandes surfaces culturelles et qu’ils ne feront jamais fortune grâce aux éditions Ecorce. La passion préside, et tant pis si les recettes d’un livre ne suffisent pas toujours à amortir son coût de réalisation ; ce qui compte, c’est qu’il existe et voyage à son rythme (ou parvienne à se frayer un chemin dans la jungle).

La dernière partie de ta question exigerait des pages pour y répondre vraiment. Si l'activité d'éditeur est à mes yeux passionnante, le milieu quant à lui est complexe, tant par l'infinie variété et le nombre toujours croissant de livres qui voient le jour au cours d'une année, que par le fait que tous les éditeurs ne travaillent pas de la même façon,ni pour les mêmes raisons.

Ce que j’ai envie de dire, c’est que s’il n'y a pas de passion, ni de littérature, ni d’écriture au sens charnel du terme, mais uniquement du chiffre et des slogans, l'aventure ne vaut pas la peine d'être vécue. Un livre dénué de passion, dénué de tripes, c'est triste, ça ne vibre pas, c’est sec. On le détecte rapidement si on est un tantinet attentif et exigent. Je parle ici autant d'écriture que d'édition. Et ces trois ans d'expérience m'ont permis de constater que beaucoup de lecteurs n'étaient pas dupes à ce sujet. C’est la raison pour laquelle je tiens à poursuivre l’aventure, même si et avant tout parce qu’elle comporte des risques.

Série B, librairie polar et science-fiction à Toulouse

mercredi 21 novembre 2012

Une nouvelle librairie vient d'ouvrir à Toulouse, elle s'appelle Série B. L'inauguration a eu lieu le 15 novembre et son patron, Renaud Layet, nous en parle.




Qui se cache derrière la porte de Série B ? Comment ce projet est-il né ?
C'est un jeune homme de 26 ans qui se cache derrière la librairie Série B ! Le projet, je le porte en moi depuis des années, et j'ai pu le mûrir à travers mes études en IUT Métiers du livre, puis des boulots dans pas mal de librairies très différentes. Et en début d'année, alors que je commençais à en avoir un peu marre de travailler pour d'autres, j'ai appris les fermetures de Castéla et Virgin ; au lieu de me dire que le secteur allait mal, je me suis dit qu'un peu de place se faisait et qu'il fallait en profiter. 

Pourquoi du polar, de la science-fiction et du fantastique ?
D'abord par goût. Je me mettais à mon compte aussi pour pouvoir vendre ce que j'aimais, c'est assez désagréable en librairie de bosser sur un rayon qui ne vous intéresse pas du tout, mais on n'a pas toujours le choix. Là, je l'avais donc j'en ai profité ! J'adore les littératures de genre, on y trouve des auteurs qui n'ont absolument rien à envier à ceux qui constituent la littérature "blanche". Après, commercialement, le polar est un secteur qui se porte très bien, et il n'y avait pas de librairie spécialisée sur le sujet à Toulouse, donc c'est sur ce rayon que j'ai plus mis l'accent. 

Comment allez-vous animer votre librairie ?
Il y a pas mal d'auteurs de polar en Midi-Pyrénées, j'ai déjà noué des contacts et je vais continuer, afin de proposer des signatures mais aussi des conférences. Le but est que tous les auteurs locaux, du plus illustre au plus méconnu, aient toujours la porte ouverte dans ma librairie. 

Que peut-on vous souhaiter pour les jours à venir ?
D'abord de réussir Noël ! Et pour la suite, de devenir LE lieu incontournable du polar à Toulouse...

Pouvez-vous nous parler de vos lectures ? Quels auteurs comptent pour vous ? Quels romans avez-vous envie de mettre dans les mains de vos clients ?
Ce mois-ci, je mets en avant Jean-Patrick Manchette, dont l'importance pour le roman noir français est considérable, mais qui surtout est génial à lire ! J'ai comme ça plusieurs auteurs injustement tombés dans l'oubli (hors connaisseurs bien évidemment !) que j'aimerais mettre en avant, comme par exemple Robin Cook, un auteur anglais qui a le malheur d'être l'homonyme d'un américain auteur de thrillers médicaux, ce qui l'oblige à paraître sous pseudo dans son propre pays alors qu'il est antérieur à l'autre.
En SF, l'auteur du mois est Christopher Priest, un anglais lui aussi, parfois difficile d'accès mais passionnant. Je suis de toute façon à titre personnel très anglo-saxon dans mes lectures ; dans les auteurs plus contemporains, je suis par exemple fan de Ian Rankin et Tim Willocks.

Série B - 16 rue Sainte Ursule à Toulouse - 05 62 27 03 34
contact@librairieserieb.fr

Le polar, hier et aujourd'hui

mercredi 25 juillet 2012

Fouiner régulièrement dans les archives de l'INA donne accès à de beaux moments télévisuels. Il y a par exemple cette émission de 1971 réalisée par Jean-Pierre Bastid, consacrée à la Série Noire. Simonin, Manchette ou encore Siniac y parlent du polar et de leurs romans. C'est intéressant, drôle et surprenant, jusque dans la réalisation.


Cette semaine, France Culture questionne le rapport entre le polar et la littérature américaine dans l'émission Déjeuner sur l'herbe. 1800 polars édités en 2011 : les frontières du genre se sont-elles étendues ? Ou bien est-ce parce que le polar émerge sur tous les continents ? Qu'est-ce que la matière noireAurélien Masson, Fabrice Colin et Marc Fernandez apportent chacun leurs réponses. À vous de juger.

Des gueux et du pinard !

samedi 18 février 2012

 Hier soir à la Mélodie des Vins à Nantes, tout était fait pour allécher le passant avec une soirée pinard polar... Il suffisait de pousser la porte au son du carillon pour trouver chaleur humaine et nourritures en tout genre.

À peine le temps de déguster un Merlot ou un Bergerac voire un Muskadig Breizh, Hervé Sard était sollicité pour dédicacer son nouveau roman, Le crépuscule des Gueux.

Yves Arcaix a ponctué la soirée par sa lecture de deux extraits qui ont magnifiquement servi le roman.

 Hervé Sard a pu retourner signer, signer et encore signer ses exemplaires...

 ... pendant que d'autres se désaltéraient.

Une bien belle soirée, grâce à l'Etoile Polar et la Mélodie des Vins, en attendant la prochaine !



Pinard Polar et autres rendez-vous

vendredi 17 février 2012


Ça commence ce soir, tout le monde a rendez-vous pour l'apéro pinard-polar avec Hervé Sard, à la cave Mélodie des Vins (22 rue Paul Bellamy), et avec la Librairie l'Etoile Polar. Un trio chic et choc pour fêter la sortie du nouveau roman d'Hervé Sard, Crépuscule des Gueux, qu'on achètera à cette occasion.



Le temps de vous remettre, vous pourrez courir jeudi 23 février à 22h au Katorza pour l'Absurde Séance, qui offre aux Nantais la chance de voir Les crimes de Snowtown. Ce film était sorti pendant la période des fêtes de Noël. Une erreur qui l'a écarté de nombreuses programmations. Faut dire que ce n'est pas tout à fait un Walt Disney... Un film australien violent, noir, dans la droite ligne d'Animal Kingdom. On vous conseille fortement de ne pas le manquer même si vous risquez d'avoir à fermer les yeux sur quelques scènes.


Un peu plus loin dans le calendrier, du côté de Rennes le festival Rue des Livres se tient les 2, 3 et 4 mars avec quelques noms qui peuvent vous donner envie d'y courir : Sophie Loubière, Claude Bathany, Hervé Commère, Tommaso Pincio et bien d'autres... On notera la rencontre dimanche 4 mars avec Claire Duvivier qui présentera les éditions Asphalte à 14h30.



Enfin, pour ceux (dont nous) qui ont raté le film Jim Thompson, le polar dans la peau, le DVD vient de sortir. Disponible à la vente sur le site Vivement Lundi.

France Bleu, portrait polar...

vendredi 10 février 2012

"Portrait d'une lectrice Caroline de Benedetti... elle a créé à Nantes il y a 4 ans l'association Fondu au noir pour promouvoir le polar et le roman noir... pour Caroline tout a commencé avec les polars pour mômes Club des 5 et autres Fantômette..."



"Eh bien vous pourrez tenter de lire en marchant le dernier numéro de L'indic la revue de l'association Fondu au Noir. Le 10ème numéro est consacré aux liens entre le polar et la science fiction...un magazine qui s'adresse aussi bien aux initiés qu'aux néophytes. Faire découvrir le polar au plus grand nombre, c'est le but de Caroline de Benedetti... via l'association, sont ainsi proposés des animations scolaires et autres, des rencontres, des conférences et même des restos littéraires... plus d'infos sur le blog de Fondu au noir."

(sujet de novembre 2011 rediffusé en février 2012)

Brest, le vaisseau Polarys

vendredi 3 février 2012


À Nantes nous avons la chance d'avoir l'Etoile Polar, antre de passionnés comme on en fait peu. Et voilà qu'à Brest Stéphanie Riou rejoint le club des petites librairies indépendantes en ouvrant Polarys. Longue vie !

Qui se cache derrière la porte de Polarys ? D'où venez-vous ?


Je suis arrivée à Brest en licence d'anglais, et ne suis plus repartie. Je me suis profondément attachée à cette ville que beaucoup disent triste et moche, et dont les habitants sont aussi souvent mal perçus, bourrus, durs, terriblement fêtards ... Je n'ai pas (ou si peu) d'expérience en librairie. À part un remplacement saisonnier de deux mois chez Dialogues quand j'étais étudiante, et malgré avoir envoyé mon cv à toutes les librairies de Bretagne, j'ai dû chercher du boulot ailleurs. J'ai été embauchée chez B&B (les hôtels), où je suis restée 11 ans, comme coordinatrice au Service relation clients. J'ai 40 ans bientôt, deux enfants et un homme à la maison, et ils sont mon principal moteur, mes premiers soutiens.
La librairie me prend beaucoup de temps, c'est compliqué de préserver un équilibre. C'est pour cela que la librairie ferme le mercredi après-midi, j'en ai besoin. Mes parents ont été très présents aussi, et ce sont eux qui me poussaient au derrière quand j'avais envie de baisser les bras. Et puis il y a mon "coach", Xavier Vernet, de la librairie Scylla et maintenant Charybde, des librairies différentes, comme on en voit peu (mais il y en a !), avec des personnes incroyablement engagées. Des modèles pour moi. Je suis bien entourée à Brest aussi, entre autre par Hervé Belvaire (Temps de livres).

Pourquoi du polar et de la SF ?

J'ai découvert la SF relativement tard, quand je travaillais chez Dialogues. Je m'ennuyais ferme dans la littérature blanche, je n'étais plus surprise, j'avais du mal à finir les livres ... je me suis penchée sur le rayon SF, et j'ai trouvé un livre de Catherine Dufour chez Nestiveqnen, qui m'a emballée. J'ai creusé, et je ne l'ai pas regretté. Pour le polar, c'est un peu pareil, même si je reconnais que je m'y connais moins. Au départ du projet je ne voulais pas faire de roman noir, trop de titres, sujet trop vaste, et donc crainte justement de ne pas m'y connaître assez. Mais c'est l'amour des livres en général qui m'a poussée à ouvrir cette librairie, et certaines de mes plus belles lectures ces dernières années sont du Roman noir, cela aurait été très difficile pour moi de ne pas travailler ce genre, que je continue à découvrir avec une insatiable curiosité. Quand on est dévoré par la passion des livres, ce n'est pas facile de se fixer des limites. J'aimerais aussi pouvoir proposer Jim Harrison ou Brautigan, mais il faut garder une certaine cohérence. Je me permets de vendre des livres comme Le traité du zen et de l'art de la pêche à la mouche parce que c'est Gallmeister, et que travailler des collections entières chez certains éditeurs est vraiment quelque chose auquel je tiens, pour moi cela fait partie du métier de libraire de soutenir les éditeurs indépendants. De la même façon, impossible de me passer d'Attila ou de Monsieur Toussaint Louverture, qui sortent des livres incroyables, qui sont autant de beaux objets que des textes de qualité. Je tiens vraiment à mettre en valeur des éditeurs qu'on ne voie pas assez dans les grands librairies. Et regrouper toutes ces merveilles sur 30m², c'est du bonheur !

Prévoyez-vous un programme d'animations dans votre librairie ? Des lectures ? Des rencontres ?

Oui, cela devrait se mettre en place tranquillement, avec l'inauguration j'espère fin février (à confirmer). Rencontrer et faire rencontrer les auteurs est l'une des chances de ce métier, je ne vais pas bouder mon plaisir ! Mais les signatures ne sont pas tout, j'aimerais varier les plaisirs, et proposer autre chose.... j'ai déjà quelques idées.

Que peut-on vous souhaiter pour les jours à venir ?

Que les gens fassent preuve de curiosité, et osent franchir la porte de ma petite librairie sans crainte que je leur saute dessus. Ici tout le monde est le bienvenu. J'accueille avec le même plaisir celui qui recherche les conseils que celui qui veut fouiner tranquillement. J'adore voir se côtoyer amateurs du Juge Ti ou d'Anne Perry, et fondus de Hard Science, je tiens beaucoup à cette diversité et cette ouverture. Je voudrais faire de Polarys une librairie bien dans son quartier, un lieu d'échange et de partage, où on trouvera la plupart des nouveautés, mais pas seulement. Sur mes tables on trouve les nouveautés mais aussi mes coups de cœur, et cela même si c'est sorti depuis des années !

Polarys - 22 rue Fautras à Brest. Du mardi au samedi. 02.98.43.60.76

Pourquoi publier des revues ?

mercredi 1 février 2012

C'est vrai, quoi, à l'heure du numérique, de l'écran d'ordinateur, du blog, du facebook, des avis partout gratuits, qui-comment-pourquoi sort encore des revues sur papier ?
Pour répondre à cette question, rendez-vous demain soir 20h à Livresse.

Tronches de poulpe

vendredi 13 janvier 2012

Un concert de rock ?
Non, la soirée dédicace du Poulpe chez Lulu la Nantaise (48 Boulevard de la Prairie Au Duc, Nantes), avec Stéphane Pajot (ci-dessus), Francis Mizio et Lalie Walker ; des gens et quelques Fondus traînaient dans le coin...


Et dans la famille Poulpe je demande le fils !
Le petit dernier s'appelle Aztèque Freaks il pèse ses 214 pages. Les puristes noteront que l'auteur (Stéphane Pajot) fait une entorse à la règle avec ce verre de vin blanc...


La soirée a été agrémentée, entre autre, de lecture d'extraits de Poulpe. Jocelyne a lu du Lalie Walker qui a lu du Stéphane Pajot...


...devant un public captivé !


La légende dit qu'il y a un truc extra (un secret) pour faire craquer les filles et que ce truc marche à tous les coups ; il est quelque part dans le livre de Stéphane.


Au comptoir, le vin est bon et les planches de viande et de poisson donnent envie de revenir déjeuner un de ces jours ! Il faudra bien aussi goûter aux mojitos de Lulu. On ne le voit pas sur cette série de photos, mais le carrelage de chez Lulu est le même que dans bien des cuisines Nantaises. On se sent tout de suite chez soi.


 
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