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Les 2M, auteurs et nouvelles anonymes

vendredi 13 février 2015

Theodore Roussel, Jeune fille lisant

Je ne suis pas très amatrice des regroupements d'auteurs en vue de produire des textes sans projet éditorial.

La bonne volonté à la base de ces actions ne se conteste pas, et sans doute qu'il y a de l'émulation, de l'envie de partage, des "confirmés" qui soutiennent des débutants, mais il y a aussi une part d'auto-promotion là-dedans. Cet aspect me pose un petit problème ; j'imagine que tout dépend de la conception que chacun se fait de la littérature et de l'image de l'auteur. Il faut s'y habituer, aujourd'hui celui-ci se transforme souvent de lui-même en un produit avec son nom imprimé partout et sa cohorte de fans. Peut-être, aussi, que face à la multitude, il faut se faire remarquer pour sortir du lot. Faire du bruit, s'agiter, multiplier les initiatives.

Dans un passé récent, il y a eu ces nouvelles en forme de "concept" de cadavre exquis via facebook, et "Les auteurs du Noir...". Des fausses bonnes idées, un argument caritatif, et des résultats médiocres. Entendons-nous bien, des auteurs très intéressants participent à ces projets, là n'est pas la question. La nouvelle est un exercice difficile ; ne dit-on pas d'ailleurs "l'art de la nouvelle" ? Elle est malheureusement trop souvent prise pour une facilité (le texte court serait rapide à écrire) ou un prétexte à boutade. Les auteurs français ne s'y adonnent guère, les lecteurs semblent la bouder : est-ce une culture perdue, ou bien ce format n'en a jamais fait partie ? Reste qu'il ne pardonne aucun défaut, mais offre de magnifiques réussites (Les diaboliques, de Barbey d'Aurevilly pour n'en citer qu'un, avec son superbe Le Rideau cramoisi).

Voici donc les 2M : Eric Maravélias (Série Noire) et Benoît Minville (Sarbacane), avec une nouvelle idée qui regroupe 22 auteurs plus ou moins connus. Aucun thème, aucune contrainte à part un maximum de 10 pages. Les nouvelles sont en ligne sur le blog Stodena. Et voici les noms des 22 auteurs :

Ian Manook, John N. Turner, Christophe Gavat, Elsa Marpeau, Gaëlle Perrin Guillet, Jacques-Olivier Bosco , Guillaume Cherel, Benoit Minville, Nicolas Lebel, Yal Ayerdhal, Sébastien Raizer, Stanislas Petrosky, Nicolas Mathieu, Franck Bouysse, Anouk Langaney, Frédérick Rapilly, Marion Brunet, Thomas Carreras, Henri Loevenbruck, Dominique Terrier, Laurent Guillaume, Nicolas Elie, François-Xavier Dillard

Le Trophée des 2M présente un intérêt car les textes sont anonymes. Cet élément a indéniablement un effet intéressant sur la lecture et le jugement, sauf si l'on prétend nier qu'un avis puisse être influencé par la connaissance du nom de l'auteur. À vous de voir ! 13 nouvelles ont déjà été produites, et le niveau mérite le détour.

Roman noir et intégrisme, bonne année 2012 !

dimanche 1 janvier 2012

L'avènement d'Internet et des millions de blogs qu'il a permis de générer, a rendu possible la diffusion massive d'énormes contresens à propos de la signification du terme "roman noir". J'ai renoncé depuis longtemps à répertorier les ouvrages consacrés à la quête sanglante d'un tueur en série et que les commentateurs, avec beaucoup d'enthousiasme, mais une singulière absence de culture policière, qualifient de roman noir. Ne reculant pas devant la demi-mesure, certains vont même jusqu'à préciser qu'il s'agit d'un roman noir "très noir de chez noir" ; d'autres ajoutent subtilement que le livre "est bien davantage qu'un roman policier", formule banale et désuète qui apparaît comme une résurgence de cette époque bénie où ceux qui "savaient", expliquaient au petit peuple que le polar n'était pas de la littérature - n'hésitant pas à l'affubler du terme affligeant de paralittérature. Certains de ces commentateurs, pris la main dans le sac à propos de leur insuffisance professionnelle, n'en conviennent pas et se révoltent contre ces intégristes que nous sommes en refusant que l'expression "roman noir" soit utilisée sans vergogne et à toutes les sauces. Loin de moi l'idée de me muer en gardien du temple. Pour autant, je souhaite que tous les textes qui suivent permettent au plus grand nombre de lecteurs de cerner les ouvrages qui appartiennent à ce genre noir que nous aimons et ceux qui n'en font pas partie. Et surtout que cette expression inadaptée "roman noir très noir de chez noir" apparaisse désormais aussi ridicule que "roman d'énigme très énigme de chez énigme" ou "thriller très thriller de chez thriller".

Claude Mesplède, Du roman noir au film, revue Mouvements, Automne 2011

Nous sommes heureux de lire ces propos de Claude Mesplède, qui forment l'introduction à son article sur le roman noir. C'est revigorant. Nous partageons son constat, que nous tentons chaque jour de prolonger par des actes, avec l'association et le magazine L'Indic. Puisse 2012 nous permettre de continuer à découvrir le genre et ses qualités, en dehors des chemins bien tracés et des phrases toutes faites, grâce aux nombreuses personnes avec lesquelles nous avons le plaisir de travailler.

On pourra pour finir mettre cette introduction en parallèle avec l'édito du 1er numéro de la revue Thriller (1982), rédigé par Richard D. Nolane.

La mort du polar ?

mardi 8 novembre 2011

De gauche à droite : Serge Quadruppani, François Braud et Alessandro Perrisinotto


Un dimanche de pluie, nous voici partis vers le Grand T, salle nantaise dans laquelle se déroulaient les Rencontres Littéraires Adriatique. Un débat animé par François Braud avait retenu notre attention : Meurtres à l'italienne, en présence de Serge Quadruppani et Alessandro Perrisinotto.

L'après midi a commencé dans la librairie du Grand T par la lecture de textes des 2 auteurs. Une bonne mise en bouche avant d'entrer dans le vif du sujet. Messieurs, qui êtes-vous, qu'écrivez-vous ? Serge Quadruppani, par ailleurs traducteur et directeur de collection chez Métailié, a parlé du personnage de Simona Tavianello, la commissaire de ses deux derniers romans Saturne et La disparition soudaine des ouvrières. Alessandro Perrisinotto, lui, a évoqué ses premiers romans policiers, ses sujets de préoccupation...

François Braud a questionné les 2 auteurs sur leur définition du polar, genre dans lequel ils s'inscrivent. Alessandro Perissinotto a alors développé longuement la question pour expliquer qu'en Italie la majorité des romans policiers, aujourd'hui, proposent des meurtres, plein de rebondissements, des serial killers... "Je n'ai plus envie d'écrire des romans policiers là où les autres écrivent des romans comiques." Pour lui, c'est redevenu du roman de gare, dans le sens d'une littérature mal écrite et inintéressante. Ce qu'il veut, c'est parler de la société, de ce qui va mal, de l'envers du décor. Il utilise la métaphore du train qui montre l'arrière des maisons, leur côté caché, sale. Ce qu'il a en projet, c'est l'écriture de l'histoire de l'entreprise Fiat, tenue par la célèbre famille Agnelli, qui veut la délocaliser. Serge Quadruppani lui répond : "En fait ce que tu nous dis c'est que tu écris du roman noir."

Au-delà de cet échange passionnant, la remarque d'Alessandro Perissinotto qui dit "le polar en Italie maintenant c'est le thriller... des tueurs comme s'il en pleuvait" et que du coup "le polar a perdu de son énergie révolutionnaire", souligne bien l'état actuel du polar. Même aux yeux de certains auteurs, c'est un genre phagocyté par une catégorie de romans produits à grande échelle, usant et abusant de thèmes qui faussent l'identité même du polar aux yeux du grand public. "Je n'ai plus envie d'écrire du polar. Je veux parler de la fin de FIAT et pour cela... ce n'est plus le polar." Quelles en seront les conséquences pour le genre ? La question se pose.

Brûler les étiquettes

vendredi 7 octobre 2011


J'en ai souvent parlé, de cette horrible expression : "c'est plus que du polar". Elle a des variantes, comme par exemple : "C'est un vrai roman", "il explose les codes du genre"...

Ce mini phénomène (que certains n'hésiteraient pas à qualifier de complot anti-polar) revient souvent chez des lecteurs, des critiques, des bibliothécaires, des auteurs. Des gens chez qui cela n'est pas étonnant, d'autres un peu plus.

Le dernier en date - celui qui m'a décidé à synthétiser ces petites réflexions - est Antoine Chainas, qui s'exprime non pas sur un polar, mais sur un auteur de SF : R. C. Wilson.

Guéguerre de principes, diront certains, pinaillages, diront d'autres, coupage de cheveux en quatre. Peut-être. Encore faut-il être bien conscient que les mots ont un sens et que le leur enlever c'est aussi enlever du fond. Dans les romans, le fond a son importance, mais dans la méthodologie d'une analyse aussi. C'est de l'ordre de la théorisation, cela semblera universitaire (donc chiant) à beaucoup, mais... Les personnes - critiques, auteurs, bibliothécaires, lecteurs - qui vantent le genre (polar - mais ça fonctionne avec d'autres) pour dire qu'il a "gagné ses lettres de noblesse", ces personnes, donc, quand elles spécifient ensuite qu'un bon polar, dès lors qu'il est bien écrit, intelligent... c'est PLUS qu'un polar... elles vont à l'inverse de ce qu'elles disent au préalable (par flemme et par répétition du cliché critique ?). Si le polar est devenu noble, quel besoin de sortir du genre un roman policier dès lors qu'il est bon ? Le faire, ça revient à dire que les romans policiers sont merdiques : un bon polar est un polar mort est autorisé à atteindre le statut supérieur de roman "tout court".

Antoine Chainas écrit : "La manière dont ils interagissent en milieu clos, avec leurs peurs, leurs doutes, leurs failles, confère à la narration une surprenante densité que bien des auteurs de littérature blanche seraient avisés d'étudier. Mais Wilson est-il un écrivain de genre ?"

Wilson n'écrit pas de la merde - je ne l'ai pas lu mais je n'ai aucun mal à le croire (Emeric Cloche en parle dans plusieurs numéros de L'Indic), là n'est pas la question - donc il n'écrit pas de la SF. Il quitte le genre, parce que lui, il sait écrire, construire une histoire, mettre du fond... ce que confirme Antoine Chainas avec une précision : "l'alibi science-fictif paraît dérisoire au regard des enjeux narratifs globaux." Nous y sommes.

Le genre, ici la SF, n'a pas vraiment d'importance. Car : "c'est la faculté à transcender le genre de prédilection qui domine et ouvre les portes à une fiction située au-delà des figures imposées." Le genre est donc enfermé dans des codes imposés. Ce qui est vrai. Les codes existent, ce qui n'empêche en rien de faire de la littérature. Il existe aussi un "carcan" pour le roman, l'oeuvre romanesque elle-même. Un bon auteur va donc au-delà des codes, nous sommes d'accord. Mais ce n'est pas parce qu'il les assimile, les utilise à sa façon, que le roman de genre qui réussit à ne pas être barbant, mal écrit... n'appartient plus au genre. C'est la mauvaise SF (ou le mauvais polar) qui n'est pas capable de dépasser les codes, les répétant à l'identique, sans saveur. Ce qui fait qu'on marche un peu sur la tête, en fait.

Chainas dit plus loin que Wilson écrit "avec une finesse et un style", d'une façon, rattachée au reste, qui laisse entendre : lui à l'inverse des autres. Donc, ces autres, qui écrivent de la SF, écrivent de mauvais romans (de genre) cela se confirme.

Salve finale : "Alors, si vous voulez lire de la S.F. qui n'en est pas (ou si peu)..."

Je n'ai peut-être pas bien compris, et alors tant mieux cela appellera des éclaircissements. Mais il y a des personnes qui ont réfléchi, souvent, longtemps, sur la question du genre, qui en ont ébauché la définition, montré l'évolution, expliqué l'existence. On dirait que non, à l'heure actuelle cela n'a plus lieu d'être. Halte au genre, c'est mauvais. C'est réducteur. Les auteurs ne veulent plus d'étiquettes (pour des raisons commerciales ? littéraires ?).
Et, par voie d'extension : le rock et le classique, ce n'est que de la musique ; socialisme, ça ne veut rien dire c'est parti politique ; surgelé et frais c'est de la nourriture.

Voilà, je ne sais pas vous, moi c'est ça qui me file le vertige.


Caroline de Benedetti

Microfictions, le polar sur une radio parisienne, par un libraire et des chroniqueurs parisiens

vendredi 15 juillet 2011


Ce n’est pas la première émission que j’entends sur le polar. Celle-ci (Microfictions, sur France Inter) change du plateau télé avec Chattam-Thilliez-Loevenbruck, mais ne déroge pas pour autant aux platitudes, qui commencent dès l’introduction : la tendance de la saison 2011 en polar, c’est la mondialisation : on voyage au Japon, au Tibet, en Amérique du Sud. Sinon, il n’y a pas de nouveautés mais la continuité, avec des auteurs qu’on retrouve. Tant pis pour Paris la nuit, le 1er roman de Jérémie Guez chez La Tengo, tant pis pour Moi comme les chiens, le 1er roman de Sophie di Ricci chez Moisson Rouge, ou encore Bois, le 1er roman de Fred Gevart dans la toute nouvelle maison d’édition Ecorce (qui a aussi publié Retour à la nuit, le très bon roman d’Eric Maneval). Tant pis pour les auteurs qui mélangent les genres, tant pis pour Thierry di Rollo (Préparer l'enfer - Gallimard) ou Zone Est de Marin Ledun, qui a livré aussi cette année un roman noir au sujet qui aurait mérité un petit coup de projecteur (Les visages écrasés).

Puis, vient le deuxième pavé avec l’attaque contre Fred Vargas. Oui, elle serait comme un problème pour le polar français car « la présence de Fred Vargas empêche la vraie naissance d’autres auteurs ». « On achète ça comme des croissants » dit le libraire Nicolas Le Fort. Elle prend la place pour la nouvelle génération : DOA, Marcus Malte, Antoine Chainas, Joseph Incardona… Seul Hubert Artus temporise et développe des arguments plus solides, précisant que Vargas n’empêche rien et que son problème serait plutôt de ne pas réussir à renouveler ses histoires. Pas un ne se demande quels sont les romans qui prennent véritablement la place, ni pourquoi, ni comment ce phénomène existe. Pensez-bien…

Christine Ferniot (L’Express, Lire), Gérard Meudal (Le Monde des livres), Marc Fernandez (magbook Alibi), Nicolas Lefort (librairie Audé à Paris) et Hubert Artus (Rue89) vont donc proposer à l’auditeur une sélection de 16 polars, dans laquelle ils vont très logiquement défendre la nouvelle génération de polar français en y faisant généreusement figurer… 4 auteurs (dont un mort, Sébastien Japrisot, réédité en Quarto Gallimard) Barouk Salamé étant rajouté par le présentateur de l’émission. Si l’on accepte le fait que ces chroniqueurs délivrent uniquement de la nouveauté, sans éprouver le besoin d’extirper de leurs mémoire et connaissance des romans qui ont dépassé la date de péremption de la présentation en librairie, on peut quand même grincer des dents face à la grande conformité des titres retenus parmi ces nouveautés. Bien sûr, toute sélection suppose des choix, difficile de parler de tous les romans qui sont publiés, mais ces choix en disent long. Ce qui ne signifie pas que ces titres sont tous mauvais.

Rien à dire sur James Lee Burke (Rivages), Elvin Post (Seuil) et les nouveautés comme Attica Locke (Gallimard), John Burdett (Presses de la cité) ou Greg O’Lear (Gallmeister). S’il y a un roman que j’ai envie de découvrir, c’est Fin du monde à Breslau de Marek Krajewski (Rivages). Quant à Kem Nunn (Sonatine), Carlos Salem (Actes Sud) et Barouk Salamé (Rivages), j’ai plutôt apprécié leurs derniers ouvrages.

Je ne partage pas l’enthousiasme de Hubert Artus pour qui Les Harmoniques de Marcus Malte (Gallimard) est « sans pathos », et je me demande s'il ne se trompe pas quand il dit de cette histoire que les enquêteurs vont « retourner en ex-Yougoslavie, on va les retrouver à Vukovar »… Du Savages de Don Winslow (Le Masque) il explique que c’est le meilleur roman jamais édité sur le trafic de drogue. J’adore ce genre d’affirmation globale et définitive, ça me donne tout de suite envie de lui demander s’il connaît Daniel Chavarria.

C’est cocasse de choisir Dominique Sylvain avec Guerre Sale (Viviane Hamy), je trouve que sa façon de raconter les histoires fait penser à Fred Vargas, l’aspect onirique en moins ; et Le Paradoxe du cerf-volant de Philippe Georget (Jigal) en étant à deux doigts de traiter cette maison d’édition de régionale tendance pastis.

Ce qui est rageant quand on aime la bonne littérature, et la littérature policière en particulier, c’est d’entendre en parler de la sorte sur une radio d’importance, par des journalistes qui ont la caution médiatique et orientent donc l’image du polar aux yeux du grand public.

Ça devient énervant quand il s’agit de se voir encore servir les « buzz » qui n’ont pas besoin de plus de pub, c’est à dire l’auteur Anonyme (Sonatine), avec une histoire dont le héros est décrit par Marc Fernandez comme « le plus grand tueur en série de l’histoire de la littérature noire… », roman qui repose sur un suspense palpitant : est-ce le prince Charles ou Tarantino qui l’a écrit ? L’autre buzz venant encore de chez Sonatine (ça buzze beaucoup chez Sonatine, très bien vendue par son agence de presse, Sofab, qui s’occupe également du magbook Alibi) avec SJ Watson et Avant d’aller dormir, dont Nicolas Lefort précise que c’est un « thriller pop corn pour l’été », « typiquement féminin ». On est contents après ça que le polar ait gagné ses lettres de noblesse, ce genre de propos ne va pas tarder à les lui faire perdre dare dare.

Caroline de Benedetti

Éléments de critique : le cliché littéraire

lundi 4 avril 2011


Qu'est-ce que c'est, mal écrire ? La question se pose car on entend dire parfois, tout "dépend des goûts et des couleurs". À moins que tout ne dépende du parcours et de l'éducation littéraire du lecteur... ou encore de son état de tolérance du moment, de ce qu'il est venu chercher dans le livre... Mais pour parler d'un livre il nous semble important de mettre en place des repères de lecture, une sorte de liste composée de divers éléments critiques. Comprendre pourquoi un livre nous plaît ou ne nous plaît pas et savoir l'expliquer nous paraît important à une époque où l'on croule sous la production. Nous vous proposons aujourd'hui de vous pencher sur un élément de style : "Le cliché littéraire".

Les phrases ci-dessous proviennent d'un roman qui nous sert de "bible à clichés", pour montrer au public que nous rencontrons les effets auxquels les auteurs se laissent parfois aller. Il va sans dire que cela n'empêche pas d'apprécier ce roman et d'y prendre plaisir.

Exercice n°1 - mimez la scène suivante : "Comme il n'obtenait pas de réponse il bondit dans le salon en position de tir, balayant l'espace du regard." Il est à noter qu'à la suite de cette scène, le personnage voit le cadavre d'une femme derrière un fauteuil et s'exclame, comme toute personne très choquée à la vue d'un mort : "Nom d'un chien !"

"Balayer : autant le balai est un instrument méprisé, autant balayer est une activité très appréciée dans la vie littéraire. Toujours balayer les dernières (jamais les premières) hésitations, objections, réticences, illusions. S'il le faut, balayer d'un geste (inutile de dire lequel) ou d'un revers de main (inutile de préciser laquelle). Les éléments naturels ne sont pas en reste (le vent, la pluie, la mer, les vagues, la neige...)" Tiré du Dictionnaire des clichés littéraires, Hervé Laroche

Continuons, et mimez également, là chez vous devant votre écran : "Le commissaire Eric Vidal s'éveilla en sursaut. Le coeur battant la chamade, il dressa le buste et balaya l'espace de ses yeux exorbités."

Maintenant que le nom du personnage est révélé, nous pouvons vous dévoiler le titre de ce roman : Le baiser de Jason, de Laurent Scalese. Ce type de phrase produit, dans notre cas, une réaction de rejet quant à l'histoire et l'écriture. Impossible de croire une seconde à ce qui est raconté, l'effet étant même plutôt comique, comme par exemple lorsqu'au cours d'un interrogatoire : "- Décrivez-le moi, prononça le commissaire en se pourléchant les babines comme s'il s'apprêtait à déguster des spaghettis à la bolognaise, son plat préféré." De l'usage de la métaphore...

De la redondance : "Soudain, un bruit l'arracha à sa torpeur et elle sursauta. Haletante, la jeune femme se redressa brusquement. L'effroi brillait dans ses yeux." Pourquoi pas : "Un bruit l'arracha à sa torpeur. La jeune femme se redressa." ?

Attention, nous répétons : ces phrases n'empêchent pas d'aimer le roman, de son "plonger" dedans ou de le "dévorer". Mais le cliché littéraire est en général rédhibitoire dans notre analyse/perception d'un roman. Utilisé à bon escient, il peut cependant être indolore et permet parfois de se plonger directement dans l'ambiance, comme dans une paire de vieux chaussons.

Le polar vu d'en haut

jeudi 6 janvier 2011

Photo : Kevork Djansezian-AP-Sipa

Hier soir nous nous sommes rendu au Lieu Unique à Nantes, qui accueillait dans le cadre d'un "cycle polar noir" de son Université Pop, François Angelier et Jean-Yves Bochet de l'émission Mauvais Genres de France Culture. À Nantes, il fait parfois meilleur être parisien que nantais pour être invité dans les hauts lieux de la culture.

Intitulé du cours : James Ellroy : figure mythique du roman noir épique - La violence est-elle liée à la géographie des villes ?

Il faut savoir que l'Université Pop réussit à déplacer de nombreuses personnes. En effet, les abonnés du Lieu Unique peuvent assister gratuitement à ces cours, qui autrement vous coûteront 3 euros. Ainsi un examen sociologique du public laisse apercevoir une dominante féminine, qui tend plutôt vers la cinquantaine et d'une classe sociale sans aucun doute supérieure. Le programme, lui, est souvent riche et appuyé par des conférenciers intéressants (souvenir d'une discussion passionnante avec Tanguy Viel).

Hier soir dès l'introduction le doute s'est installé. Nous n'avons pas noté les phrases textuellement aussi il faudra se contenter de l'idée générale. Sachez donc que le polar est souvent médiocre, simple application d'une recette à destination de "fans de polars" présentés vaguement comme des arriérés. Soit. Peut-être pour rassurer son public sur sa qualité de lecteur Angelier cite Genet et Artaud, Céline. La vraie littérature, quoi. Nous sommes les premiers à dire qu'il y a de sacrés mauvais romans dans le polar, mais dites, y en-a-t-il plus que dans cette noble littérature blanche ?

Après nous avoir déroulé la mythologie James Ellroy (l'alcool, la mort de sa mère, le provocateur pas vraiment raciste) qu'ils ont d'ailleurs souvent évoqué par le terme "personnage", nos deux comparses - un véritable spectacle en duo - ont évoqué les écrits, la vision d'une Amérique par ses nervis plutôt que par ses stars (Kennedy, Luther King, Hoover...) et le style Ellroy, bien sûr. Des termes comme "explosions", "monstre", "péché originel"... sont fréquemment revenus avec au bout de tout ça une conclusion parmi d'autres : Ellroy est un grand auteur, "tout court". Pas un auteur de polar, non, parce que c'est tellement bon que ça dépasse le polar. Si, si. Un bon polar, ce n'est plus du polar (à prononcer avec un geste qui balaie de la main), c'est de la littérature (vous rajouterez bien sûr le L majuscule). D'ailleurs, il paraît qu'Ellroy lui-même le dit maintenant, le polar c'est fini, passé.

Tout de même, les quelques minutes consacrées au thème (la violence et la géographie des villes) auraient mérité un véritable développement. Comment Ellroy présente Los Angeles dans ses romans, comment sa vie tourne autour de Los Angeles, l'endroit où sa mère a été tuée, comment la ville privilégie la vitesse et les grands axes et à quel point il est facile de s'y débarrasser d'un cadavre... La lecture d'un extrait du Moisson Rouge de Dashiell Hammett a tout de même permis de saisir le parallèle indéniable avec l'écriture d'Ellroy. On aura appris une chose. Qui compense à peine le fait de s'entendre dire pour la n-ième fois qu'un roman de genre, (polar, SF) s'il plaît à ces grands critiques, "dépasse" le genre, "est plus" que le genre. Les mêmes qui parfois, se rengorgeront pour vous dire que "le polar a acquis ses lettres de noblesse".

En tout et pour tout il y eut environ 15 minutes d'intéressantes sur plus de 1 h30 de "conférence" où les éléments biographiques chocs de James Ellroy (l'auteur qui écrit pour ne pas mourir/devenir fou/devenir un tueur, comme s'il n'aurait pas aussi pu être tiens, chanteur de hard rock ?) ont été répétés plusieurs fois de suite comme dans une mauvaise rengaine complaisante. C'est un peu triste... On aurait voulu entendre parler du lien entre le Libra de De Lillo et le Underworld USA d'Ellroy, par exemple. De véritables surprises. Mais sans doute le programme n'était pas destiné au "fans de polars"...

Prochaine session mercredi 12 janvier à 18h30, toujours avec François Angelier et Jean-Yves Bochet qui évoqueront Ledesma, David Peace et Ken Bruen. Pour nous, ce sera direction le Melting Potes pour écouter des clichés littéraires vus par Pouy et Mizio (26 bd de la Prairie au Duc à 19h).

La foire aux livres

vendredi 8 octobre 2010

Les salons et festivals, j'ai toujours aimé aller y flâner, rencontrer l'auteur dont les romans me plaisent tant, et en découvrir d'autres. J'aurais pu, pour commencer, m'interroger sur cette incapacité à me contenter du livre et cette envie de franchir la barrière de la rencontre pour voir l'auteur "en vrai".

Les salons et festivals, ces dernières années, se sont multipliés - chaque ville veut le sien, dans cette éternelle course à la chose que l'on fait soi-même (comme les blogs) - , les auteurs sont plus nombreux. Il y a les gros salons machines à fric, et aussi beaucoup de petits lieux qui carburent tant bien que mal, entre les frais, la course aux sponsors et l’aide des bénévoles. Un système pernicieux qui actuellement fonctionne sur la course aux chiffres : obtenir le plus d'auteurs possible, et le plus de visiteurs. Il n'y a pas si longtemps à Niort, dans le cadre de l'association, j'ai observé une autre façon de concevoir les rencontres d’auteur : ne pas inviter le plus grand nombre, mais bien en choisir quelques-uns et prendre le temps de les découvrir, parler avec eux. Et ça fonctionne. Tout le monde y trouve son compte. Bien sûr, on ne garde pas l’oeil vissé au compteur, de toute façon le livre attire rarement les hordes de promeneurs. Et d’où vient cette idée que la quantité fait la qualité ? À Cambrai aussi, la médiathèque a innové lors d’une semaine polar où se croisaient exposition, conférence, film, lecture par des comédiens, table ronde et "seulement" quelques auteurs sélectionnés. À Montélimar c'est la formule cafés littéraires qui fonctionne. Les alternatives ne manquent pas.

Dans le monde du polar, Francis Mizio s'est exprimé sur ces points, d'abord en évoquant le sujet il y a quelques temps chez Tata Rapporteuse pour pointer les défauts du salon parisien "Polar en plein coeur" : pas assez de visiteurs (c’est vrai, ça peut être triste, surtout avec 150 auteurs à occuper), pas assez d’alcool (on comprend la gravité de la situation), pas assez de têtes « célèbres » (pour qui ?), un prix décerné par intérêt (ce serait nouveau ?)... Le contre-exemple de Polar en plein coeur serait donc Paris Noir, un salon initié entre autre par Catherine Diran, à qui on pourrait reprocher, si l'on adopte le même oeil critique, d'être elle-même auteur de polars publiés au Masque, et donc pas extérieure au "milieu" et à ses influences. Le copinage, on en sort difficilement...

Il est indispensable aujourd'hui de remettre en cause tout un système, au-delà de la question des salons du livre. Francis Mizio a prolongé sa réflexion il y a quelques jours (ce qui a suscité plusieurs réactions) en annonçant dans un texte détaillé - et qui sent la colère spontanée d'un mauvais week-end à poirauter derrière une table à dédicaces- qu'il ne participerait plus aux salons de dédicaces : Si on veut aider les auteurs, qu'on les paie pour faire des choses plus intéressantes pour tout le monde et pour la littérature que de débiter du bouquin - opinion compréhensible - sauf rémunération par le biais d'une activité annexe : En effet, je n'irai plus en dédicaces si ce n'est pas lié à un moyen de gagner ma vie (atelier d'écriture, rencontre, etc.) Le seul problème, c'est qu'il précise ensuite que Le salon du polar de Pau "un aller et retour dans le Noir", convaincu par les arguments de la marraine de leur 1ère édition, Lalie Walker, vient de décider de rémunérer les auteurs en dédicaces lors de sa prochaine édition début octobre. Si nous le rejoignons sur bien des constats de son texte, et que nous sommes d'accord avec lui pour reconnaître que l'alignement à 50 auteurs dans une salle est inintéressant, il faut aller au bout de cette conviction : on ne lutte pas de manière efficace contre une pratique que l'on critique, en l'acceptant dès lors qu'elle est rémunérée. Nous devons tous bouffer pour vivre, mais peut-être faut-il encore conserver certains principes à ne pas brader. De plus, la dédicace en soi n'est pas inintéressante, il s'agit plutôt de la forme qu'elle revêt, et là chaque auteur le vit différemment. Il faut aussi prendre garde au revers de l'institutionnalisation de la dédicace payante, même s'il y a peu de chances (risques ?) que cela se produise. Ce sera une charge supplémentaire pour les organisateurs, pas toujours riches, qui deviendront plus exigeants et inviteront moins d'auteurs (et là, ce ne sera pas plus mal). Ceux-ci n'en arriveront-ils pas à faire le plus possible de salons possible pour gagner de l'argent ? Tout auteur n'est pas apte à s'exprimer sur n'importe quel sujet de conférence ou n'a pas envie d'animer un atelier et participer à une rencontre. Dans ce cas, doit-on le payer simplement pour signer ses romans ? Et pour des interviews ? Le fait de vouloir "professionnaliser" l'écriture, qu'est-ce que ça implique ? Si les salons ne sont pas intéressants, pourquoi ne pas cesser de participer au plus grand nombre (ou alors on considère effectivement qu'ils ramènent des lecteurs et qu'ils font vendre des livres) pour en sélectionner quelques-uns, les plus intéressants ?

En tout cas, si tout le monde n'est pas d'accord sur les causes et remèdes, l'unanimité semble acquise quant au peu d'intérêt des actuels foires et salons du livre. Bientôt un Grenelle ?

Il semble plus intéressant de se pencher sur le système éditorial, comme l'évoque Francis Mizio dans son texte. Je pense aussi au texte de François Bon. Mieux vaut remettre en cause la source même de la misère des auteurs, un monde qui ramasse l'argent et multiplie, non pas les petits pains, mais les livres sur l'étalage, et a transformé depuis bien longtemps le livre en une marchandise comme une autre, faisant perdre par là-même toute idée d'auteur, l'homme ne devenant qu'une machine à écrire des histoires (plus ou moins bonnes) à la chaîne, chaque aspirant auteur du dimanche ayant une chance d'être publié pour alimenter cette machine gourmande qui se partage le gâteau des modes mercantiles. Là-dedans, pas sûr que le libraire (le vrai), ramasse plus que l'auteur. Actuellement, on doit pouvoir dire sans se tromper qu’en ce qui concerne le milieu du polar, puisqu'il en est question, ça ronronne sacrément et qu’il n’y a pas que du côté des salons qu’il faut secouer la poussière. Pensons en termes de littérature, de qualité d’écriture. À une époque où le roman de gare s’est transformé le plus souvent en un thriller à la Harlan Coben, il faut se poser certaines questions. Quand les auteurs qui, certes, cherchent comme tout le monde à pouvoir bouffer, en arrivent à écrire des bouquins pour écrire des bouquins, pas parce qu’ils ont des choses à dire ou une bonne histoire à raconter, mais qu’ils ont juste l’opportunité de publier dans telle ou telle collection qui se créé (parfois dirigée par des gens eux-mêmes auteurs...), peut-être qu'ils scient eux-mêmes la branche sur laquelle ils sont assis. Et quand on en entend certains expliquer sur des salons qu’ils ne se sont pas foulés et ont écrit vite fait, facile, un roman pour une commande, on peut penser que le problème principal, ce ne sont pas les dédicaces payantes. Ecrire un roman et vouloir gagner de l’argent par ce biais, oui. Vouloir gagner de l’argent et se dire : tiens, si j’écrivais/éditais un polar, y’a du fric à se faire, non. Non seulement la différence est de taille, mais elle concerne un paquet de parutions. L’écrivain ne doit pas forcément crever de faim pour être intéressant, mais la littérature ça veut dire quelque chose. Il serait dommage d'accepter qu'elle soit un produit industriel, ce qui est déjà bien installé aujourd'hui. Tout le monde se prend pour un auteur et a une "chance" d'être publié, il n'y a qu'à voir la prolifération de l'auto-édition. Me vient une question de néophyte : les auteurs ont-ils déjà tenté de se regrouper en "fédération" ou "syndicat" pour faire valoir leurs droits et peser dans la balance ?

Du côté des lecteurs, c’est le niveau d’exigence qu’il faudrait augmenter. Car apprécier un roman ce n’est pas toujours qu’une affaire de goût. Le goût ça se forme, comme en cinéma, comme en musique. Si l’on regarde l’ensemble des parutions et les « critiques » qui les accompagnent, on distingue une masse informe dont n’émerge pas grand chose, chaque roman est « stupéfiant », « haletant », « magnifique » et le Ellroy sorti l’année dernière à grand fracas n’a fait parler de lui que le temps de la promo, à peine eclipsé par un pseudo scandale de réédition de "roman fasciste". Ne pourrait-on pas réfléchir plus sur l’écriture ? Donner de vrais coups de pied dans le tas ? Moins d'avis tièdes et identiques sur les nouveautés qui sortent chaque mois ?

C'est pour ça qu'en ce qui concerne Fondu Au Noir l'objectif est clair, s'entourer de passionnés, voire de spécialistes dans leur genre, des gens qui soient le moins possible partie prenante du "milieu" pour porter un oeil neuf sur lui. Créer un magazine qui ne dise pas ce que tout le monde dit déjà, penser en terme de littérature et mener des actions avec des auteurs compétents. C'est dans ce sens que nous montons nos différents projets, petit à petit, avec nos moyens et à peu près sans l'aide de personne car la "famille" polar, toujours très contente qu'on parle d'elle, ne se rend compte qu'on existe que quand ça l'arrange - à de très rares exceptions près. Mon point de vue sur ce débat inévitable et souhaitable des évènements littéraires, c'est oui aux formes ponctuelles, aux idées un peu folles, au mélange des genres, à toutes les initiatives, et à l'émulation. Aujourd'hui, j'ai hâte de voir fleurir les salons du futur - qui banniront les mots "salon" et "festival" dans toutes leurs nouvelles formes. Quelque chose qui sortira les visiteurs de leur rôle passif d’acheteurs de supermarché, et les auteurs de leur derrière de table, quand ils le souhaitent.

Caroline de Benedetti.

Polar par l'Express

samedi 12 juin 2010


L'été approche et nous allons avoir droit aux listes de bouquins pour la plage ; le magazine Lire a ouvert le bal, comme le mentionne Moisson Noire. Des dossiers de saison, à l'intérêt limité pour le non débutant.

Autre prétendant à l'exploration du sujet polar, L'Express fournit un article annonçant Le polar n'a plus mauvais genre. Traduire, le polar se vend.

Christine Ferniot soulève quelques points intéressants, et on peut commencer par réfléchir au sujet du supposé gain en qualité d'écriture. Si certains auteurs de "blanche" ont commis leur polar en conservant la rigueur de leur travail d'écriture (Tanguy Viel, Echenoz...), à l'inverse les auteurs de polar basique sont pléthore, leur nombre a augmenté à l'image des velléités d'écriture de tout un chacun et des possibilités de publication (il faut bien alimenter les collections qui ont émergé). Le pourcentage de déchet est important. Le polar a gagné une reconnaissance en tant que genre, mais aujourd'hui surtout en tant que marchandise qui fait des ventes. Simenon est à La Pléiade, mais on n'a pas encore trouvé la relève.

Si 1 roman sur 4 vendus est un polar - et en admettant le principe de l'article "Aujourd'hui on parle volontiers de roman noir pour éviter le mot polar" - le roman vendu est certainement plus souvent un thriller qu'un roman noir. L'article le confirme en mentionnant le succès des Dan Brown et Maxime Chattam, gentiment qualifiés de "romans simples." Pourquoi ces romans plaisent ? "Leur force, c'est d'explorer l'inhumain, d'aller au bout de la violence, à l'origine du mal, dit Vincent Colonna. Cette "littérature de la pulsion", comme l'exprime Francis Geffard, colle à une époque, à sa violence, face à un monde formaté." Le Mal avec un grand M, l'œuvre du super vilain, du tueur, du grand méchant inhumain. Un personnage souvent qualifié de "monstre". Un monstre animal, qui n'a donc rien de commun avec le commun des mortels. L'emploi du mot inhumain n'est pas anodin. C'est une façon de se rassurer quant à notre faillibilité, et encore plus, de légitimer les réactions de vengeance face à ce type de personnage. Ce n'est que de la fiction, diront certains, mais l'on sait bien les habitudes de pensée créées par la fiction. Le "monstre" permet de prendre ses distances : il n'est pas comme nous, et les causes de son état, de ses agissements, sont bien souvent occultées. Dans ce type de romans, le monstre est rarement le produit de notre société. C'est la faute aux "desseins de la nature", ce qui a vite fait de mener à la théorie du plus fort et au "tuer ou être tué" (exemples que l'on trouve notamment dans le roman de Shane Stevens, Au-delà du mal)

L'article aborde enfin la notion de mode, car "Aujourd'hui c'est le polar, et le danger est de voir tout le monde écrire et éditer du polar" et nous acquiescerons à cette conclusion. Aujourd'hui, tout le monde ou presque écrit du polar, en édite et s'auto-édite. Il faudra en reparler dans 50 ans pour examiner quels auteurs ont survécu à cette avalanche de publications.
 
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