Cry Father, Benjamin Whitmer

mercredi 6 mai 2015

Pike, premier roman de l'auteur américain, est sorti en 2012. Pour le baptême de la nouvelle collection NeoNoir de Gallmeister, c'est Cry Father qui s'y colle, confirmant que l'éditeur reste fidèle à ses auteurs.

Noir : l'adjectif revient souvent pour parler des romans de l'auteur, de son univers, de la violence qu'on y trouve. Dans Pike, elle était peut-être un peu trop totale, en manque de contrepoints. 

Benjamin Whitmer à Nantes

Les personnages secondaires, l'humour, la tendresse et l'humanité derrière beaucoup de rudesse se font mieux sentir dans Cry Father

En tournée en France, Benjamin Whitmer est passé par Nantes à la librairie Les Nuits Blanches où nous avons pu l'interroger. Econome de ses mots, il donne quelques explications qui permettent de mieux situer son univers, son goût des armes à feu, de Baudrillard, du western... Sur le terme "roman policier", il démarre au quart de tour, car la police n'a pas son admiration. Aux Etats-Unis la police tue régulièrement ; un de ses amis y est passé. "C'est un problème systémique, je ne vois pas comment il peut être réglé." Par ricochet, rien n'est à la gloire des policiers dans ses romans, quand ils sont présents, ils sont corrompus. "Il y a assez de livres comme ça pour la bourgeoisie qui aime les flics."

Si rencontrer un auteur permet de mieux le comprendre, son style permet déjà de se faire une idée. Bien sûr, il  faut distinguer l'auteur de son oeuvre, mais quand l'un est en adéquation avec l'autre, ça fait du bien. Un élément important se dégage des romans de Benjamin Whitmer, c'est la liberté que ses personnages veulent atteindre face à un système qui en laisse si peu. De Nantes, l'auteur repartira d'ailleurs avec quelques achats dont un porte-clé "Vivre libre ou mourir" ramené du Château des Ducs de Bretagne. Quant à ses personnages, ils ne vivent pas en ermites même s'ils préfèrent la solitude, et dans leur rencontre avec les autres, qu'il s'agisse d'une femme, d'un enfant, d'un pote déglingué ou d'un radio amateur paranoïaque, ils composent avec leurs contradictions et tentent de s'adapter, même si Vivre fatigue, pour reprendre un titre de Jean-Claude Izzo.

Pike et Cry Father se rangent à côté des nombreux romans sur les prolétaires de l'Amérique, dans un décor de quartiers miséreux où l'on entre plus au bar qu'à l'Eglise. Mais ils ne sont pas d'énièmes romans sur le sujet, car l'auteur fait preuve de la nuance indispensable pour maintenir ses personnages en équilibre et pour faire ressentir la douleur et la complexité des êtres.

Et pour compléter tout ça, n'hésitez pas à lire son blog et ses textes, et son souvenir musical recueilli par Duclock.

Benjamin Whitmer, Cry Father, Gallmeister, 2015, 320 p., 16,50 € - Traduit de l'américain par Jacques Mailhos

Caroline de Benedetti

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