The place Beyond The Pines (Derek Cianfrance, 2013)

mardi 9 septembre 2014


Le réalisateur Derek Cianfrance propose une narration très intéressante, avec un découpage temporel entre la série et le film. Les 140 minutes sont divisées en trois parties distinctes qui forment une longue histoire. Le scénario de The Place Beyond The Pines est impeccable.

Malheureusement, la réalisation alterne scènes réussies (les braquages, ou la plupart des scènes avec les jeunes dans la troisième partie de film), scènes foirées (moments entre les amoureux par exemple), grosse surprise et ficelles un peu faciles (la rencontre des deux "fils de"). Les plantages font passer le film à côté du chef d'oeuvre. Notons au passage que la musique de Mike Patton flingue pas mal de scènes... Mais The Place Beyond The Pines est un film à voir et à revoir. Surtout qu'une fois que le projet de Cianfrance (un projet ambitieux) est compris, le film devient implacable.

Caroline de Benedetti et Emeric Cloche.


Je m'appelle Samuel Hall et... (Petit Polar du Dj Duclock n°334)

jeudi 4 septembre 2014


C'est la rentrée, la cinquième pour les Petits Polars du Dj Duclock qui s'écoutent tous les Jeudi sur les sites K-Libre et Fondu Au Noir depuis Septembre 2010.

Sam Hall est un vieux folk anglais qui remonte au milieu du XIXème siècle. La chanson conte l'histoire de Jack Hall, un bandit pendu en 1707 à Tyburn ou Cootehill. De nombreux chanteurs vont s'emparer du thème et faire perdurer l'histoire de ce type. Alain Bashung en enregistre une version française pour l'album Fantaisie militaire (Barclay Records, 1998). La chanson est renommée Samuel Hall et ce sont Olivier Cadiot et Rodolphe Burger qui sont crédités pour les paroles et la musique. Les lecteurs de Jim Thompson trouveront là une résonance avec un passage d'Ici et Maintenant (Rivages/Écrits Noirs, 1992).

Les Salauds (Claire Denis, 2013)

mardi 2 septembre 2014



Les salauds est un film glauque (au sens premier du terme, comme l'explique la réalisatrice) avec quelques scènes somptueuses et une référence à Sanctuaire, le polar de William Faulkner.

La construction décousue du film ne permet pas de cerner immédiatement les tenants et aboutissants de l'histoire. Seule certitude, voici l'univers de salauds et de leurs victimes. Une sensation d'oppression plutôt désagréable ne vous quitte pas tout au long du film. Le duo d'acteurs, Vincent Lindon et Chiara Mastroianni, fonctionne à merveille et les autres acteurs servent l'histoire (Michel Subor en patron d'entreprise, mari dominant et papa poule est bien flippant). 

Le film évite de nombreux pièges quant au sujet traité. Les choix esthétiques renforcent la noirceur de la thématique. Qu'est-il arrivé à cette jeune fille retrouvée errant nue dans la rue ? La musique signée par Stuart Staples, et Tindersticks qui collabore sur 7 autres films de Claire Denis, est réussie. En guest star Miossec (pour sa deuxième apparition au cinéma) complète un casting fort en gueules. Là où on pourra rester un peu sur sa fin, c'est sur le scénario. Le film a été écrit et tourné dans l'urgence à la demande de Vincent Maraval (patron de la société Wild Bunch productrice du film). Un peu plus de clarté aurait été bienvenu quant au geste final de Rapahaëlle Laporte (Chiara Mastroianni). Quoi que ce genre de flou soit propice à animer les discussions post film... Les aficionados du noir devraient visionner de toute urgence ce Claire Denis à l'ambiance singulière.

Emeric Cloche.


Hervé le Corre, Après la guerre

vendredi 29 août 2014



Entre la fin de la deuxième guerre mondiale et le début de la guerre d’Algérie se logent des histoires intenses vécues dans des conditions extra-ordinaires. Hervé Le Corre plonge dans cette période deux personnages dont la complexité toute humaine fait le sel, loin des héros prémâchés.

D’un côté il y a Darlac, le flic pourri doublé d’un cynique. Il « trouve que certaines gens méritent le merdier où ils pataugent. » Il s’apitoie sur une jeune pute, éprouve du désir pour sa fille adoptive et abat un de ses acolytes. De l'autre côté, le jeune Daniel est le modèle de l’étudiant innocent passionné de cinéma, qui passe des conversations animées avec ses copains à son embarquement pour l’Algérie. Dans les collines, il se révèle bon tireur et découvre que la guerre « a donné un sens à sa vie. » Là-bas, il cesse d’observer le monde à travers ses doigts placés en cadre d’écran de cinéma. Désormais, il voit et éprouve les choses à travers la lunette de son fusil. Entre Daniel et Darlac, un homme réclame vengeance, lui qui « se fait l’effet d’être un fantôme, un revenant ne sachant plus d’où il revient mais terrifié d’y être parti. »

Hervé le Corre revient fort avec ce roman où l'on retrouve avec plaisir sa belle écriture. Le rythme de certains passages n’est pas sans rappeler le phrasé de Cormac Mac Carthy. La succession de "et", sans doute. Une grande émotion se dégage de l'histoire de ces hommes transformés par l'Histoire, héritiers des guerres marqués par le deuil et l’abandon.

Hervé Le Corre, Après la guerre, Rivages/Thriller, 2014, 19,90 €, 528 p.

Rencontre avec Dominique Forma

mardi 26 août 2014


Photographe, chanteur, étudiant en cinéma, vendeur de disques, animateur radio... Dominique Forma fait tout ça avant de réaliser à Hollywood son film Scenes of the crime (La loi des armes, 2001). Depuis qu'il est revenu vivre en France, il a ajouté une autre compétence à la liste, en écrivant des romans pour les adultes (Skeud, Voyoucratie, Hollywood Zéro) et la jeunesse (Sans vérité, Nano, Sauve-moi Nano). Avec lui, nous parlerons musique et littérature, et nous reviendrons sur l'aventure de ce film avec Jeff Bridges dans le rôle principal.

Nous vous attendons à la librairie-café Les Bien-Aimés pour cette cinquième saison des rencontres littéraires de l'association !

Bouts d'Indic - n°8

lundi 25 août 2014


(cliquer pour agrandir)

L'Indic n°8 comporte un dossier sur le thème de la prison. Dans ce numéro, Geoffroy Domangeau a consacré un article critique à l'influence du cinéma sur les romans de Franck Thilliez.

Un long moment de silence, Paul Colize

vendredi 22 août 2014



Paul Colize est un habile conteur d'histoires. Back Up avait tous les ingrédients pour plaire, quoique pas très aboutis à mon sens, avec en plus l'impression de voir les coutures. Dans Un long moment de silence aussi, tous les éléments sont réunis. Il est d'ailleurs possible de faire un parallèle avec le succès du roman d'Hervé Le Corre cette année. Après la guerre, dans un autre style, sans doute plus remarquable, raconte une autre histoire de famille qui plonge ses racines dans la seconde guerre mondiale.

Difficile de ne pas se sentir touché par ce genre de contexte. Paul Colize évoque la guerre et l'initiative vengeresse d'un groupe de juifs mené par un certain Nathan, à la poursuite de criminels nazis. Ca, c'est pour le passé et la thématique d'un (im)possible pardon. Le récit au présent a pour personnage principal Stanislas, un patron d'entreprise, baiseur impénitent et fâché avec son fils. Il porte un double traumatisme : la mort de sa femme dans un accident de voiture, et l'assassinat de son père dans un attentat au Caire. Du coup, Stanislas a vraiment, vraiment un sale caractère. On voit bien l'idée : le personnage détestable qui vous touchera quand même.
À part cet aspect un peu caricatural, le manque d'épaisseur du personnage de Nathan et quelques scènes de cul au langage tour à tour cru et emprunté ("elles assument, aspirent à ce que j'investisse pleinement les orifices dont la nature les a pourvues"), le roman se lit avec plaisir. L'énigme de la mort du père offre plusieurs possibilités que le lecteur ne manquera pas d'imaginer sans pour autant toucher la vérité. Les secrets de famille de Stanislas Kervyn intriguent et touchent.

Caroline de Benedetti

Paul Colize, Un long moment de silence, La Manufacture de Livres, 2013 (Folio policier)
 
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