R.J. Ellory, Mauvaise étoile

vendredi 15 novembre 2013


Le dernier numéro de L'Indic parle de l'enfance. Mettez un enfant dans un roman, quoiqu'il lui arrive, qu'il soit victime ou délinquant, le lecteur sera touché. Ellory l'avait déjà expérimenté avec Seul le silence. L'auteur ne cache pas avoir été abandonné par son père et avoir grandi en foyer. Sans abuser de psychologie de comptoir, son histoire personnelle explique sans doute en partie le contenu de Mauvaise étoile.

De tous ses romans, il ressort un questionnement sur l'origine du mal, tarte à la crème du polar explorée avec plus ou moins de réussite, et prétexte à faire frissonner le lecteur. Ellory ne s'en sort pas spécialement bien avec ces questions philosophiques. Il plante ici deux personnages, des demi-frères placés en orphelinat. L'un montre des signes de rébellion et de violence, l'autre semble plus réfléchi et discret. Le roman dit qu'on peut être "né mauvais à la sortie du ventre de sa mère", ou subir "de mauvaises influences". L'auteur n'a pas l'air de vouloir verser dans le déterminisme. Mais quand Ellory confronte ses deux jeunes héros à l'influence d'un tueur, au lieu de renverser la vapeur de façon surprenante (faire basculer le doux Elliott), il les fait tenir leur rôle. Ce long, psychologisant et répétitif démarrage laisse penser que l'auteur va s'étaler sur ce schéma de confrontation et de meurtres. C'est un peu vrai, mais c'est compter sans l'habileté d'Ellory. Une jeune fille, et un mort, grippent la machine et sauvent heureusement Mauvaise étoile d'une totale linéarité.



La succession de meurtres, les aspects grandiloquents de l'écriture, les répétitions ("mauvaise étoile" n'est pas que dans le titre, le terme est parfois répété toutes les deux pages), le flic branché profiling en 1961 et forcément en avance sur son temps, les artifices narratifs pour ralentir la conclusion de l'histoire, le personnage qui meurt mais en fait non, la famille en représentation du schéma idéal et rassurant... Le roman ne manque pas de défauts. Il reste un attachement pour le tandem des deux jeunes paumés Elliott et Bailey, la chair de l'histoire, le petit truc qui peut toucher la corde sensible.

R.J. Ellory, Mauvaise étoile, Sonatine, 2013, 535p., 22 €

Caroline de Benedetti

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