5 ans après son polar Le Convoyeur (2003), à la forte ambiance légèrement déconnante avec une brochette d'acteurs de haut vol, Nicolas Boukhiref tourne un film avec André Dussolier dans le rôle d'un flic retraité atteint d'Alzhzeimer. Une réussite lente et flippante.
Le film est subtil, à la fois tendre et dur. Boukrhrief sait planter des ambiances et Dussolier est bon dans le rôle du policier grabataire. Les quelques longueurs font partie intégrante du processus qui rend le film et son personnage attachants. La performance de l'acteur ne doit pas faire oublier les seconds rôles qui sont impeccables. Le choix de narration et la façon de filmer (plus sobre que dans Le Convoyeur) a quelque chose de perturbant, non pas en terme cinématographique, mais en émotions. Le film navigue entre drame et comédie.
Olivier Marchal continue son exploration des personnages de gangsters et de flics dans un style à la fois réaliste et très cinématographique. Du réalisme à la Zola, avec beaucoup d'effets. Cette fois-ci c'est aux gangsters qu'il s'intéresse le plus.
"-Vous êtes obligé de faire ça ici ?
-On est juste des cons de flics, Serge, on fait où on nous dit de faire."
Les personnages ont des conflits internes simples et la réalisation est pleine d'effets (mouvements de caméra, dialogues chocs, musique). C'était déjà le cas des précédents 36 Quai des orfèvres et MR 73. Olivier Marchal est sur le fil, toujours près d'en faire trop. Les Lyonnais, c'est du polar nerveux avec du personnage buriné et inscrit dans la mythologie du genre.
"-Subir ou trahir, c'est ça ?
-C'est ça."
Le film joue sur deux époques différentes et retrace l'histoire du Gang des Lyonnais en s'attachant plus particulièrement à un de ses membres. Le passé et le présent n'ont de cesse de s'entremêler. Le contrat moral, ce que l'on a fait et qui nous forge, ce que l'on a fait et dont on arrive pas à se débarrasser, est un des leitmotiv du polar. Les belles paroles et ce qu'il en est... Tout cela est au rendez-vous.
Histoire d'un crime a été réalisé en Mai 1901 par Ferdinand Zecca pour Pathé Frères. Il s'agit d'un des premiers (si ce n'est le premier) polar cinématographique. Ce court-métrage retrace les différentes étapes de la vie d'un condamné à mort en quelques scènes :
-L'homicide d'un banquier
-Une arrestation
-La reconnaissance d'un cadavre à la morgue
-La prison (et les souvenirs du prisonnier)
-Les préparatifs d'une exécution
-L'exécution.
Ces parties sont inspirées de tableaux fixes du musée Grevin. Autant d'éléments que l'on retrouvera dans de nombreux polars. Le crime est ici au centre de l'histoire et il est traité de manière sociale (Zecca réalisera d'ailleurs des drames sociaux et un film consacré à l'Affaire Dreyfus). Il est aussi terriblement moral et ne possède pas encore l'ambiguité de certains films policiers. Le film est un succès et les bobines de l'Histoire d'un crime feront le tour du monde. Ce même court-métrage propose aussi le premier flash-back de l'Histoire du cinéma.
Voilà un film d'espionnage lent dont le scénario est un peu laborieux (on lui préférera largement, The Ghostwriterdu même réalisateur). Le film vaut cependant le coup d'oeil pour quelques scènes avec un Harrison Ford bon et pataud, pour ses quelques prises de vue érotiques et légères, pour le Paris des années 80'. Un parfum nostalgique dans lequel la musique d'Ennio Morricone et le Libertango de Grace Jones ne sont pas pour rien... vous entendrez aussi Simply Red, Culture et Davis Sandborn.
Il y a quelque chose de décalé dans L'Esprit de Cain, le 21ème film de Brian de Palma. Les effets - rêves et moments absurdes avant que l'on comprenne le pourquoi du comment - semblent passer par delà la vraisemblance. Pour ma part je pensais au théâtre, à Shakespeare... Le film dégage une atmosphère étrange, presque onirique ; tantôt burlesque, tantôt flippante.
Si le jeu des acteurs agit pleinement dans ce décalage (John Lithgow déjà présent dans Obsession et Blow Out est bien excessif), les décors ne sont pas en reste : la maison de la famille qui devrait être un genre de havre de paix est flippante, le magasin de réveils à quelque chose d'Alice au pays des merveilles, la forêt qui jouxte le parc pour enfant est fantasmatique... Le film qui peut laisser perplexe vaut le coup pour cela et pour quelques scènes où le mot climax prend tout son sens. Rebondissement du scénario, gros effets, travelling, gros plan et angle de caméra étranges sont au rendez-vous.
La musique du film est composée par Pino Donaggio, qui avait déjà collaboré avec Brian De Palma pour Carrie (1976), Home Movies (1980), Pulsions (1980), Blow Out (1981) et Body Double (1984).
L'esprit de Cain (Rising Cain, Brian de Palma, 1992).
Stefano Sollima (voir l'article sur A.C.A.B. (All Cops Are Bastards) dans l'Indic n°13) quitte un peu le petit écran (Romanzo Criminale, Gomorra...) et signe son deuxième long métrage : SUBURRA, une rencontre improbable entre Drive et A most violent year.
Même si le film appuie moins sur le champignon que Drive esthétiquement parlant et qu'il n'a pas l'ampleur métaphorique de A most violent year, ce deuxième long métrage assoit un grand nombre de personnages différents (un peu comme dans une série) le temps d'un film de deux heures. Comme dans A.C.A.B. quelques scènes particulièrement prenantes font mouche et donnent un ton au film. Stefano Sollima arrive à ne pas tomber dans le grand final tape à l'oeil que l'on aurait pu craindre et qui est souvent l'apanage de ce genre de scénario. Avec Romanzo Criminale (Michele Placido), Gomorra (Mateo Garrone), Arrivederci Amore, ciao (Michele Soavi), Une vie tranquille (Claudio Cuppelini) et Les âmes noires (Francesco Munzi) voilà un nouveau film pour le polar italien des années 2000.
Avec ce troisième film tiré d'un Roman de S.A. Steeman Henri-Georges Clouzot balaie le large spectre du polar ; le film est à la fois une enquête, un suspens et une exploration de la société et de la façon dont les hommes et les femmes y vivent. Servi par une brochette d'acteurs de haut vol, des décors impeccables et une mise en scène parfaite Quai des Orfèvres est un film indispensable à tout amateur de polar.
Que veux-tu, il a été mal élevé. Lui c'est un fils de bourgeois, il voit le mal partout.
Si la jalousie est un des moteurs du film, une question surtout se dégage de l'histoire : quelle place réserve la société aux femmes, et quelles possibilités a une femme pour s'en sortir si elle n'endosse pas le rôle de mère au foyer ? Naked Kiss de Samuel Fuller posera la même question 17 ans plus tard. Les rôles homme / femme sont souvent une des thématiques que l'on peut dégager des films policiers (dans le film noir notamment, voir La Griffe du passé de Jacques Tourneur).
On a pas beaucoup d'instruction au départ mais on navigue dans toutes les eaux. On se frotte à des tas de gens. J'ai appris la gravure avec un faussaire, la comptabilité avec un escroc, y avait même un danseur mondain qui a voulu me donner des leçons de Tango, mais là, rien à faire, j'avais pas de dispositions.
Quai des Orfèvres possède de nombreuses scènes et des personnages récurrents du genre : le flic désabusé qui peut aller partout pour enquêter et qui se frotte à l'ensemble de la société ; le bon bourgeois qui est bien inséré et qui ne devrait pas avoir de problèmes et qui, quand il en a, s'effondre dans l'alcool ; la femme attirante avec cette scène où Dora fume sur son lit ; la femme qui en a bavé - je ne veux pas qu'ils te mettent en prison. Ils vous coupent les cheveux et il fait froid - mais qui le laisse à peine transparaître et tente de s'en sortir ou se résigne.
Je vous fait bien des excuses madame, mais on n'est pas les plus forts.
Le film est aussi un drame. Beaucoup de films policiers sont des drames, celui de la lutte des classes et de la condition féminine, celui de l'amour, et de l'amour il y en a partout dans Quai des Orfèvres, même si ces amours sont souvent déçues : Vous êtes un type dans mon genre, avec les femmes vous n'aurez jamais de chance dira l'inspecteur Antoine à Dora.
Un tueur en série qui signe Monsieur Durand sévit dans un quartier de Paris. Voilà une affaire pour Wens (Pierre Fresnay) et sa compagne Mila (Suzy Delair)...
Drôle, légèrement érotique et saupoudré de dialogues savoureux et allusifs, l'adaptation du roman de Stanislas-André Steeman au cinéma par Henri Georges Clouzot est une réussite ; d'autant plus qu'il s'agit du premier long métrage du réalisateur (qui a déjà travaillé sur de nombreux films en tant que dialoguiste avec des adaptations de Simenon et de Steeman).
Tiré d'un roman d'enquête, L'Assassin habite au 21 ouvre bien la voie à un autre opus criminel, social et tout aussi indispensable : Le Corbeau, que l'on peut regarder dans la foulée en gardant en mémoire le fait que ces deux films ont été réalisés pendant l'occupation allemande. Le côté sombre (et légèrement érotique) étalé dans la scène d'ouverture plane en filigrane sur tout le film, parfois brouillé par quelques scènes étranges. La scène qui vient après l'ouverture voit la hiérarchie remettre - de chef en petits chefs - ses responsabilités dans les mains du subalterne et illustre bien la maxime "la hiérarchie, c'est comme les étagères, plus c'est haut, moins ça sert". Le côté comédie est tout de suite palpable, On notera aussi une utilisation de la caméra subjective pour des scènes de meurtres, qui ne sera pas sans rappeler Le Voyeur de Michael Powell, tourné une vingtaine d'années plus tard.
Kim Novac, Eleanor Parker et Frank Sinatra forment un trio d'acteurs de haute volée... Côté musique, sachez qu'il y a Shelly Mann à la batterie ! On est dans un cinéma qui prend son temps, qui pose une scène et laisse se dérouler le dialogue. Otto Preminger imprime un fort style visuel, les mouvements de caméra participent pleinement à l'histoire. Le moment où Frankie Machine s'approche du bar et qu'il regarde par la fenêtre procure un délicieux vertige.
À l'époque, le sujet principal du film - la dépendance à la drogue - n'avait jamais était envisagé de cette façon au cinéma, pas plus semble-t-il que les rapports amoureux adultérins... Le code Hays (petit manuel d'autocensure mis en place en 1930 par le sénateur William Hays, président de la Motion Pictures Producers and Distributors Association) veillait à ce que le cinéma soit en accord avec un "code moral rigoureux". Mais Preminger, s'appuyant sur la constitution américaine garantissant la liberté d'expression, n'a rien voulu lâcher et un terrible bras de fer s'est engagé... Le film est là, après plus d'un demi siècle d'histoire, et le code Hays est mort. Tiens ça me rappelle les Felice Brothers et leur Rockfeller Druglaw Blues même si la bande son de L'Homme au bras d'or est plutôt West Coast Jazz.
Il y a quelque chose de théâtral dans le jeu d'acteur de Noiret, Eddy Mitchell, Isabelle Huppert et Stephane Audren ; cette petite chose ajoutée à l'ambiance générale du film fait osciller le spectateur entre sarcasme, émotion, rire en jaune et tendresse. Les dialogues de 1275 âmes (le bouquin de Jim Thompson dont est tiré le scénario) sont particulièrement bien rendus. L'idée de transposer l'action qui se situe normalement à Pottsville, un trou perdu des États Unis d'Amérique, en Afrique Occidentale Française ravive - pour ceux qui les ont déjà lus, les autres devraient se jeter dessus - les souvenirs de lecture de la trilogie sur l'Afrique coloniale de Georges Simenon : Coup de lune, 45° à l'ombre et Le blanc à lunette.
La musique de Sarde est présente dès le début du film avec un morceau angoissant et rythmé ; imprévisible. Durant le film elle se pointe sous forme de jazz mélangé à la musique classique et pas trop loin du musette non plus, ce qui donne une couleur jazz "à la française". Faut dire que Bertrand Tavernier a fait écouter Carla Bley, Maurice Jaubert, Duke Ellington à Philippe Sarde en demandant "Comment mêler et entremêler ces options contradictoires". La réponse est dans le générique du film, celui du début et le danstesque morceau de fin : Je suis mort il y a longtemps déjà. Sarde ingurgite, synthétise et compose "un thème de thriller sur un rythme de tango", comme dira Tavernier dans les notes de livret recueilli par Stéphane Rouge pour le disque le cinéma de Bertrand Tavernier, musique de Philippe Sarde paru chez Universal Music en 2002.
Dans Coup de torchon on croise aussi deux chansons : Dans la chambre vide, une ritournelle lancinante et nostalgique chantée par Isabelle Huppert et La java de la masochiste, une chanson du trottoir interprétée par Stéphane Audran qui n'est pas sans rappeler les chansons de Mistinguett, Fréhél ou Piaf en un peu plus bancale. La musique de Philippe Sarde ne vient pas souligner les émotions des personnages et si elle a toujours à voir avec le film, c'est parce qu'elle en est un élément de construction très fort, à part entière.
Un film lent et parfois flippant pendant lequel on ne s'ennuie pas. Peut-être bien parce que Denis Villeneuve propose un thriller sans le duo de flic, sans histoire d'amour, tout en restant bien ancré dans le genre.
La réalisation, les décors et le jeu des deux principaux acteurs Hugh Jackman (le père) et Jake Gyllenhaal (Le flic) font du film une réussite. Les éléments inhérents au genre sont là avec la symbolique du labyrinthe (peu creusée et qui semble peu subtile), quelques scènes d'action, des fausses pistes et des rebondissements. Certaines scènes mettent mal à l'aise, d'autres provoquent l'angoisse. Le film suit deux protagonistes, le père d'une des fillettes disparues et le flic chargé de l'enquête, chacun d'eux mène son enquête. L'antagoniste est invisible.
En sortant du cinéma on pourra avoir fortement envie de revoir Zodiac de David Fincher, ou Le Silence des agneaux de Jonathan Demme.
Il faudra cependant revoir une deuxième fois Prisoners afin de voir les thématiques à creuser, comme la religion et le repli sur sa famille, par exemple, avec le personnage du père qui entasse des vivres dans sa cave tout en se préparant au pire en disant à son fils qu'il ne pourra compter que sur lui ou la famille. Tout cela tout en étant un bon père de famille. Sa femme (Maria Bello, déjà croisée dans A History Of Violence) qui s'effondre en pleurant "tu avais promis que tu nous protégerais". Ce père semble vouloir se passer de la police et de la justice pour retrouver sa fille. La catastrophe est arrivée et il ne compte que sur lui.
De l'autre côté, le personnage assez énigmatique et attachant de policier qui enquête seul n'est ni un bon flic, ni un mauvais flic. Mais on sent qu'il a un problème (il a été victime d'acte de pédophilie) et possède un background intéressant. On aurait juste envie que le film nous donne un ou deux indices de plus pour affiner les lectures possibles.
Le film pourra prendre de l'ampleur et/ou révéler ses failles à la revoyure. La musique du film signée Johann Johannsson est assez oppressante sans être trop présente.
Niagara. Le nom est mythique. Ajouté à celui de Marilyn Monroe... vous obtenez une affiche alléchante. Mais...
Les acteurs assurent (notamment Joseph Cotten, le marie trompé) mais on s'ennuie quand même un peu passé la mise en place des personnages. Quelques scènes avec Marilyn Monroe sont un peu capilotractées... mais le rôle lui va bien. Notons que pour la plastique - puisque c'est en grande partie de cela qu'il s'agit - on pourra lui préférer Brigitte Lahaie dans Les raisins de la mort (par exemple). Ce qui est ennuyeux c'est le côté ultra moral du film, plutôt raté (contrairement à des films comme Forces of Evil ou Chinatown) car trop évident. Cela débouche donc sur un scénario cousu de fil blanc, où surnagent cependant quelques belles scènes d'intérieur et de carte postale des années 50 des chutes du Niagara. Un peu de suspense, aussi.
Le premier film de Clint Eastwood en tant que réalisateur campe un personnage de femme. Il reviendra au personnage féminin avec Sur la route de Madison et Million Dollar Baby.
Plus connu pour Les Vickings (avec Kirk Douglas) ou son 20 000 lieues sous les mers pour Walt Disney ou encore Soleil Vert, Fleischer est aussi l'auteur d'un polar qui se déroule entièrement dans un train. Si la réalisation et le scénario paraissent classiques, le film réserve une surprise. Réalisé en 12 jours avec un petit budget, sans acteurs célèbres, ce film de Série B propose un personnage de femme (Marie Windsor) intéressant et un flic quelque peu stupide. La tension est là, le contrat est rempli et on se prend à avoir envie de faire une liste de films qui se passent dans les trains (Une femme disparaît, Runaway train, Le crime de l'Orient Express, Snowpiercer...).
Notons que le film est sans musique à part celle qui émane d'un phonographe.
On retrouve Michel Audiard et Philippe de Broca au scénario du film qui est tiré de la première aventure de la commissaire Lise Tanquerel : Le Frelon (Jean-Paul Rouland et Claude Olivier chez Denoël).
Tendre poulet vaut pour son duo d'acteurs (Annie Girardot et Philippe Noiret) et l'idée d'avoir mis une femme dans le rôle du commissaire (un peu comme Le silence des agneaux en franchouillard) ce qui donne un ton original au film. Notons aussi la musique de Georges Delerue. Une fois que vous avez compris où va cette histoire d'amour et de serial killer, c'est un peu gentillet, mais tout à fait jouissable. Le film s'inscrit dans le registre comédie polar (1), plutôt caustique. Nous nous plongerons bientôt dans sa suite : On a volé la cuisse de Jupiter, sorti deux ans plus tard, en 1980.
Premier film de la plus longue saga du cinéma, James Bond 007 contre Dr No présente la plupart des ingrédients des James Bond. Le film, produit pas Saltzman et Broccoli, tourné avec un budget de un million de dollars, est un succès commercial qui donnera lieu à 23 autres opus chez EON Productions.
Avec son générique réalisé par Maurice Binder, son méchant de haute volée (Joseph Wiseman), ses filles dévêtues autrement nommées James Bond Girl (Ursula Andress), son pays-décor (la Jamaïque), sa musique, son casino, sa poursuite en voiture, son véhicule improbable (le dragon qui crache des flammes) et sa baston finale (sur un réacteur atomique), le James Bond 007 contre Dr No réalisé par Terence Young présente la plupart des ingrédients de la série de films à venir. Sean Connery a de gros sourcils et il porte très bien les costumes qu'on lui donne. L'aventure cinématographique commence là, en 1962, deux ans avant la mort de l'écrivain Ian Flemming.
La musique du film, à forte dominante calypso, est signée Monty Norman. Des morceaux sont joués et chantés par Byron Lee and the Dragonaires que l'on aperçoit dans le film ; une version de Under The Mango Tree est chantée par Diana Coupland (la femme de Monty Norman). John Barr, qui composera la musique de nombreux Bond à venir, est crédité pour le James Bond Theme (joué par le John Barry Orchestra) ; ce thème marquera toute la série. Notons aussi que le morceau Audio Bongo est une version électronique quelque peu inquiétante du thème du film qui n'est pas sans rappeler Kraftwerk.
Nicole Kidman a changé depuis Dead Calm, mais elle est toujours au top ; Matthew MacConaughey est dans le genre de rôles qui lui vont comme un gant ; John Cuzak est à la fois dégoulinant et flippant ; Zack Efron fait un beau gosse ; David Oleyowo fait le job et la narratrice Macy Gray est parfaite. La brochette d'acteurs est de haut vol.
The Paperboy de Lee Daniels a un côté Zodiac (David Fincher) pour la lenteur et le travail de rendu sur l'époque (ici le début des années 70), sauf que le film est plus outrancier, plus théâtral (un peu dans la veine du Killer Joe de Friedkin) ; mais ici l'outrance passe bien quand le film est sur le mode comédie. Elle s'estompe quand il passe en mode dramatique et cela fonctionne aussi (un mélange des genres plus réussi que dans Cold In July). Le thème de l'ambiguité (un des maîtres mots du noir) des attirances sexuelles est traité avec brio même si la fin reste (une des habitudes du noir) fatalement morale.
Reste que je n'ai pas lu le bouquin de Pete Dexter.
Belmondo joue Belmondo et Ennio Morricone fait du Ennio Morricone. Tout va bien chez Henri Verneuil sauf que le début du film, très mal joué, fait peur et pas dans le bon sens...
Heureusement la scène suivante, celle du bar chez Cacahouètes, sauve ce début et Peur sur la ville annonce la couleur d'un polar teinté d'une légère touche de comédie. S'en suivent deux heures de scènes inégales mais à voir (sur grand écran de préférence, merci au Cinématographe de Nantes). Outre le côté document des années 70 (habit, ville de Paris, pensées de l'époque, intérieur des appartements, vieilles voitures etc) le film possède quelques dialogues réjouissants. Les scènes de poursuites - même celles où Belmondo fait le fanfaron - sont particulièrement molles (ce qui n'est pas dérangeant, c'est un style, un style plutôt surprenant) et personne ne semble savoir tirer avec son arme. Le méchant fait penser à un méchant de James Bond. Les scènes où la presse, la police et la gendarmerie entrent en scène montrent que les temps n'ont pas changé sur le fond (par contre on ne filme plus cela de la même façon maintenant).
Du point de vue époque Peur sur la ville peut se rapprocher d'Un flic sur le toit (Bo Widerberg, 1976).
Le roman policier et le cinéma sont imbriqués très tôt avec The Musketer of Pig Alley (D.W. Griffith, 1912) qui est l'un des premiers films de gangsters ; par la suite le film Underworld (1927) de Josef von Sternberg influencera le romancier W.R. Burnett pour son livre Le Petit César, adapté en 1930 au cinéma.
Le Petit César réunit trois noms qui marqueront le polar : William Riley Burnett, auteur du roman dont est tiré le film ; Marvyn LeRoy, réalisateur et Edward G. Robinson qui tiendra de nombreux rôles de gangster. Le film raconte l'ascension et la chute de Cesare "Rico" Bandello. Le scénario mêle action et psychologie sur une trame qui s'apparente à la tragédie. Voitures, armes, vêtements classieux, intérieurs et rues de la Petite Italie sont au programme et proposent un angle de vue sur la société américaine. Avec le succès de Little Caesar les codes du film de gangster sont en place.
Lyrisme tragique, amour, révolte et cavale... avec son découpage nerveux, ses plans marquants et ses allusions érotiques le Gun Crazy de Joseph H. Lewis ouvre la voie. Les frères King - d'authentiques gangsters - avaient déjà produit Dillinger en 1945. Voilà un polamour indispensable dont les rejetons s'appellent : À bout de souffle (Godard, 1959), Bonnie & Clyde (Arthur Penn, 1966), La balade sauvage (Terrence Malick, 1973), Sailor et Lula (David Lynch, 1990)...