La meute des honnêtes gens, Laurence Biberfeld

lundi 18 août 2014


"La sagesse populaire". Certains romans démontent allègrement cette expression toute faite. Il faut, par exemple, absolument lire Le crime de John Faith, de Bill Pronzini. Ce que l'arrivée d'un étranger au sein d'un groupe peut susciter de peur et de bêtise s'y étale sans fards. Avec sa meute d'honnêtes gens, Laurence Biberfeld tient la corde.

Si je compte bien voici son dixième roman, celui par lequel je la découvre, tardivement. J'ai déjà hâte de revenir sur mes pas, de saisir Qu'ils s'en aillent tous ! dont le titre m'avait fait de l'oeil à sa sortie. Il y a des écritures qu'on apprécie sur le champ, et c'est le bon mot : La meute d'honnêtes gens fleure la nature, les montagnes, les torrents, les arbres et les plantes. Les Cévennes. Le reste pue pas mal. Méfiance, haine, magouilles intemporelles se croisent dans plusieurs récits. À la fin du 19e siècle un gamin du bagne rêve de liberté pendant que les ouvrières d'une magnanerie crèvent à l'élevage des vers à soie. 100 ans plus tard, les précaires qui ont retapé le bâtiment se font arnaquer et reviennent l'occuper. L'internationale de la misère, pauvres d'hier et pauvres d'aujourd'hui. C'est l'enfance et le rêve, la différence qu'on assassine. Pour s'élever plus haut que son cul, il vaut toujours mieux être doté d'un coffre plein de joyaux, or et rubis...

Laurence Biberfeld sait donner corps à ses personnages. Ils ont de la gueule et ne versent pas dans la caricature. Du maire à son larbin, des ouvrières entre elles, du gendarme paumé à la vieille femme perchée dans sa montagne, voilà les humains et leurs rapports, tous sens exacerbés. Dans cette histoire le constat tend vers le sombre et les mauvaises nouvelles vous tombent sur le coin de la gueule sans prévenir, comme dans la vie. On se dit que jamais l'équilibre ne sera possible, mais au détour d'un personnage et d'une rencontre, qui sait si la grâce n'atteint pas un coeur ou un cerveau, pour redonner de l'espoir et une petite revanche. Voici un beau roman, avec toute la force de sa sobriété.

Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C'est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l'enfant
Il avait dit « J'en ai assez de la maison de redressement »
Et les gardiens à coup de clefs lui avaient brisé les dents
Et puis ils l'avaient laissé étendu sur le ciment
(Jacques Prévert, La chasse à l'enfant)


Laurence Biberfeld, La meute des honnêtes gens, Au-delà du raisonnable, 2014, 290 p., 17 €

Caroline de Benedetti

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